Alors que la guerre en Ukraine entre dans son seizième mois, des signes de fragilité apparaissent du côté russe. Selon plusieurs analystes militaires, l'armée de Moscou serait dépassée par la détermination et l'efficacité de la contre-offensive ukrainienne. Depuis le début de l'été, Kiev a repris l'initiative sur plusieurs fronts, notamment dans la région de Zaporijjia.
Des pertes russes importantes
Les pertes humaines et matérielles russes sont considérables. D'après le ministère britannique de la Défense, la Russie aurait perdu plus de 20 000 soldats rien qu'en mai et juin. Ces chiffres, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, témoignent de l'intensité des combats. Un responsable occidental a déclaré sous couvert d'anonymat : « Les forces russes sont épuisées et manquent de munitions. Leur capacité à mener des opérations offensives est sérieusement compromise. »
La contre-offensive ukrainienne progresse
De son côté, l'Ukraine a lancé une contre-offensive majeure fin mai. Les troupes de Kiev ont réussi à reprendre plusieurs villages dans le sud du pays. Selon le commandement ukrainien, plus de 100 kilomètres carrés de territoire ont été libérés en deux semaines. Cette progression est rendue possible par l'utilisation d'armes occidentales, notamment des chars Leopard et des systèmes de missiles HIMARS. Un analyste militaire français, le général (2S) Michel Yakovleff, estime que « l'armée ukrainienne a su exploiter les faiblesses russes, notamment en matière de logistique et de commandement. »
Des tensions au sein du commandement russe
Des dissensions seraient également apparues au sein du haut commandement russe. Selon des sources du renseignement américain, le chef d'état-major Valéri Guérassimov aurait été critiqué par le ministre de la Défense Sergueï Choïgou pour la gestion de la guerre. Ces tensions pourraient expliquer certains revers tactiques. Un expert du Centre d'études stratégiques de Moscou, interrogé par Libération, confie : « Il y a un désaccord profond sur la stratégie à adopter. Certains généraux prônent une mobilisation générale, tandis que d'autres veulent négocier. »
L'impact des sanctions économiques
Les sanctions économiques imposées par l'Occident commencent à faire effet. La production d'armement russe est freinée par le manque de composants électroniques. Selon un rapport du Royal United Services Institute, la Russie aurait perdu 40 % de sa capacité à produire des missiles de précision. Cela limite sa capacité à frapper les infrastructures ukrainiennes. En parallèle, le prix du pétrole russe a chuté de 30 % depuis le début de l'année, réduisant les revenus nécessaires à l'effort de guerre.
La question de la mobilisation
Pour compenser ses pertes, la Russie envisage une nouvelle vague de mobilisation. Mais celle-ci est impopulaire et pourrait provoquer des troubles sociaux. Selon un sondage du Centre Levada, 56 % des Russes s'opposent à une mobilisation générale. Le Kremlin hésite, conscient des risques politiques. Un diplomate européen note : « Poutine est dans une impasse. S'il mobilise, il mécontente la population ; s'il ne mobilise pas, il risque de perdre la guerre. »
Les perspectives
Les prochaines semaines seront décisives. Si l'Ukraine continue de progresser, elle pourrait atteindre la mer d'Azov et couper le pont terrestre vers la Crimée. Cela changerait radicalement le rapport de forces. Cependant, la Russie conserve un avantage en termes de puissance de feu et de nombre de soldats. La guerre pourrait encore durer des mois. Un haut responsable ukrainien a déclaré : « Nous savons que ce sera long, mais nous avons la volonté et le soutien de nos alliés. »



