Fatih Birol : la confiance dans le détroit d'Ormuz érodée
Fatih Birol : confiance dans le détroit d'Ormuz érodée

Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a déclaré que la confiance dans le détroit d'Ormuz, voie de transit cruciale pour le pétrole mondial, a été « érodée » à la suite des récentes tensions dans la région. Dans un entretien accordé à Libération, il a souligné que cet état de fait constitue une menace directe pour la sécurité énergétique mondiale.

Un passage stratégique fragilisé

Le détroit d'Ormuz, situé entre l'Iran et Oman, voit transiter environ 20 % du pétrole mondial, soit près de 17 millions de barils par jour selon les données de l'AIE. Les incidents récents, notamment les attaques contre des pétroliers et les saisies de navires par l'Iran, ont accru l'incertitude. « La confiance dans la sécurité de cette route maritime a été sérieusement endommagée », a affirmé Birol.

Selon lui, les assurances internationales pour les navires transitant par cette zone ont augmenté de manière significative, ce qui reflète la perception accrue des risques. « Les primes d'assurance ont grimpé en flèche, ce qui a un impact direct sur les coûts du transport pétrolier », a-t-il précisé.

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Des conséquences économiques mondiales

Birol a averti que toute perturbation majeure du trafic dans le détroit pourrait entraîner une flambée des prix du pétrole et une instabilité économique. « Nous avons déjà vu des pics de prix lors des tensions précédentes, mais la situation actuelle est différente car elle s'inscrit dans un contexte de marchés déjà tendus », a-t-il expliqué.

L'AIE estime que les stocks mondiaux de pétrole sont à des niveaux inférieurs à la moyenne quinquennale, ce qui rend le système énergétique mondial plus vulnérable aux chocs. « Si le détroit était fermé, même temporairement, nous pourrions assister à une hausse des prix de 20 à 30 % en quelques jours », a averti le directeur.

Des solutions de contournement limitées

Interrogé sur les alternatives au détroit d'Ormuz, Birol a indiqué que les options sont limitées. « Les pipelines existants, comme celui reliant l'Arabie saoudite à la mer Rouge, ont une capacité insuffisante pour compenser une fermeture totale. De plus, les routes de contournement par le cap de Bonne-Espérance allongent les trajets de plusieurs semaines, ce qui augmente les coûts et les délais. »

Il a également souligné que la dépendance mondiale au pétrole du Moyen-Orient reste élevée, malgré la croissance des énergies renouvelables. « La transition énergétique est en cours, mais elle ne remplacera pas la demande de pétrole à court terme. La sécurité du détroit d'Ormuz reste donc cruciale pour l'économie mondiale », a-t-il conclu.

Appel à la désescalade

Fatih Birol a appelé les acteurs régionaux et internationaux à œuvrer pour une désescalade des tensions. « La diplomatie est la seule voie pour restaurer la confiance. Nous avons besoin d'un dialogue urgent pour garantir la liberté de navigation et la sécurité énergétique », a-t-il déclaré.

Il a également salué les efforts de certains pays pour renforcer la surveillance maritime, mais a estimé que ces mesures ne suffisent pas à rassurer les marchés. « La confiance ne se rétablit pas avec des patrouilles navales, mais avec des accords politiques solides », a-t-il insisté.

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