Une sortie d'un prétendant à la direction du Labour, le parti actuellement au pouvoir outre-Manche, a remis sur la table ce week-end le douloureux débat britannique autour du Brexit. Wes Streeting, ex-ministre de la Santé du gouvernement, a appelé lors d’un discours samedi 16 mai à une "nouvelle relation spéciale avec l’UE" et à une future réintégration du Royaume-Uni dans l’Union européenne, qualifiant le Brexit d'"erreur catastrophique".
Ces propos menacent d’accroître la division du parti autour de ce sujet qui demeure très sensible au sein du Labour, dirigé depuis six ans par Keir Starmer. L’électorat britannique est profondément divisé entre scepticisme croissant vis-à-vis de la sortie de l'UE et absence de consensus sur une éventuelle réintégration, tandis que la forte montée de l'extrême droite dans le pays attise les craintes dans toute l'Europe.
Le Brexit continue de déchirer l’opinion britannique
Cette sortie de Wes Streeting intervient aussi dans un contexte de lutte politique interne au parti travailliste. L'ancien ministre a indiqué qu’il était prêt à participer à la future course pour diriger le parti, qui pourrait être déclenchée par le maire du Grand Manchester Andy Burnham. Au Royaume-Uni, le Premier ministre, dirigeant du parti élu au pouvoir, peut être challengé à tout moment si un prétendant à la direction du parti parvient à obtenir le soutien de 20 % des députés pour déclencher une élection interne.
Selon le Financial Times, certains cadres du parti ne voient dans cette prise de position pro-UE de Wes Streeting qu’une manoeuvre politique dans la perspective d’une future lutte pour la direction du parti. Et pensent qu’il cherche ainsi à se positionner pour l’avenir, ou à compliquer la tâche d’Andy Burnham. Ce dernier, vu comme un possible futur leader, doit d'abord être élu député. Or, il se présentera pour cela à Makerfield, une circonscription du nord-ouest de l’Angleterre qui avait voté massivement pour la sortie de l’UE en 2016.
Dimanche, suite aux déclarations de Wes Streeting, Andy Burnham s'est fortement distancié de ses anciennes déclarations favorables à un retour dans l'UE sur le long terme, rapporte The Telegraph, après des critiques l'accusant de ne pas se concentrer sur les problématiques locales.
Les effets du Brexit sont aujourd’hui toujours très visibles dans les votes. Dans les régions qui avaient fortement voté pour quitter l’UE en 2016, le parti ultra-conservateur et nationaliste de Nigel Farage (Reform UK), est très populaire. À l’inverse, dans les régions qui avaient voté pour rester dans l’UE, ce parti est beaucoup plus faible.
Rassembler les votants pro-UE éparpillés
D’autres estiment au contraire qu’un discours plus pro-européen pourrait aider à réunir les électeurs de gauche, aujourd’hui dispersés entre travaillistes, Verts et Libéraux-démocrates. Car selon le politologue John Curtis, qui s’exprime auprès du Financial Times, environ 27 % des électeurs travaillistes des élections générales de 2024 — principalement pro-UE — ont depuis basculé vers les Libéraux-démocrates ou les Verts, contre environ 10 % vers Reform UK, ce qui suggère, selon lui, que la coalition travailliste reste aujourd’hui majoritairement pro-Remain.
Les négociateurs européens se montrent prudents face aux positions fluctuantes et perçues comme instables des dirigeants londoniens sur un rapprochement avec l’UE. Et ont même, rappelle le Financial Times, "exigé que tout futur gouvernement britannique verse une compensation financière importante s'il quitte le processus de réinitialisation des relations post-Brexit", c’est-à-dire si Londres finit par quitter la table des négociations. Cette clause est aussi appelée "clause Farage" par les négociateurs, en référence, on le comprend au nom, au risque que ce leader de parti extrêmement anti-UE ne finisse par arriver au pouvoir et couper court à toute tentative de rapprochement.



