Le 250e anniversaire des États-Unis, célébré le 4 juillet 2026, devait être un moment de rassemblement national. Les préparatifs ont débuté il y a dix ans avec la création d'une commission bipartisane, "America 250", chargée d'orchestrer les festivités. Pendant huit ans, le projet est resté discret. Puis Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, promettant des célébrations grandioses. Mais à l'heure où le pays souffle ses 250 bougies, l'ambiance est loin de l'euphorie.
Un pessimisme historique
Les sondages dressent le portrait d'une Amérique profondément pessimiste quant à son avenir et divisée sur son héritage. Selon CNN, "l'Amérique a le blues". Une enquête Gallup, publiée en mai et relayée par CNN, révèle que plus des trois quarts des Américains (77 %) estiment que les Pères fondateurs seraient déçus des États-Unis d'aujourd'hui. Seuls 19 % pensent que les signataires de la Déclaration d'indépendance seraient satisfaits. Gallup pose cette question depuis 1999, mais jamais le constat n'avait été aussi sombre : en 2003, ils n'étaient que 48 % à partager cet avis.
Ce pessimisme dépasse les clivages politiques. Si les républicains portent un regard légèrement moins sévère que les démocrates, seule une minorité, dans les deux camps, estime que les fondateurs verraient d'un bon œil l'Amérique actuelle.
Le rêve américain en crise
Le malaise ne se limite pas au regard sur le passé. Selon un sondage NBC publié au même moment, seuls 38 % des Américains estiment que les meilleures années du pays sont encore à venir, contre 45 % en 1990. Dans le même temps, 78 % jugent que le "rêve américain" est aujourd'hui plus difficile à atteindre qu'il y a une génération. Certains en viennent même à inverser cette promesse : selon des reportages du Wall Street Journal, le "nouveau rêve américain" consisterait désormais, pour une partie des citoyens, à ne plus y vivre.
Les Américains entretiennent un rapport ambivalent à leur pays, mêlant attachement et inquiétude. Un sondage Fox News montre qu'ils sont plus nombreux à se dire patriotes qu'à exprimer une fierté pour les États-Unis tels qu'ils sont aujourd'hui.
Insatisfaction et baisse de la fierté nationale
Une enquête du Pew Research Center, reprise par CNN, indique que près de sept Américains sur dix (environ 70 %) se disent insatisfaits de la situation actuelle du pays, tandis qu'environ 60 % considèrent que ses plus belles années sont désormais derrière lui. Gallup relève également un niveau historiquement bas de fierté nationale, avec à peine la moitié des habitants se déclarant "extrêmement" ou "très fiers" d'être Américains.
Des célébrations clivantes
Dans ce contexte, les célébrations du Jour de l'Indépendance apparaissent elles aussi plus clivantes qu'auparavant. Selon l'institut Marquette, 57 % des Américains se disent intéressés par ce 250e anniversaire, un niveau comparable à celui observé avant le bicentenaire de 1976. Mais il y a cinquante ans, cette célébration faisait largement consensus. Aujourd'hui, les républicains sont beaucoup plus nombreux (+33 points) que les démocrates à manifester leur intérêt.
L'impopularité de Trump et les défis économiques
Ces commémorations interviennent alors que Donald Trump, qui a repris en main leur organisation à Washington, traverse une période d'impopularité. Le président est critiqué après avoir entraîné les États-Unis dans une guerre au Moyen-Orient qui a fait bondir les prix du carburant et aggravé une crise persistante du coût de la vie. Selon le projet "The State of the Nation", repris par CNN, aucun État américain n'enregistre d'amélioration sur des indicateurs comme les inégalités de revenus, le chômage de longue durée ou la progression des salaires. Un contraste saisissant avec l'image de puissance et d'optimisme que ces célébrations tentent pourtant d'incarner.



