Donald Trump en difficulté avant son discours sur l'état de l'Union et les Midterms
Trump en difficulté avant discours et Midterms

Un week-end difficile pour Donald Trump avant des échéances cruciales

Le président américain Donald Trump traverse une période particulièrement délicate sur le plan politique. Vendredi dernier, la Cour suprême des États-Unis a infligé un sérieux revers institutionnel au chef de l'État en estimant que la majorité de ses droits de douane étaient illégaux. Ce jugement constitue un désaveu significatif pour l'administration Trump.

Dimanche, deux nouveaux sondages d'opinion ont confirmé la tendance inquiétante pour la Maison-Blanche : seulement 39% des Américains expriment un avis favorable concernant leur président. Cette baisse de popularité intervient à un moment particulièrement sensible du calendrier politique américain.

Un contexte politique chargé

Ces mauvaises nouvelles surviennent alors que Donald Trump doit prononcer ce mardi son traditionnel discours sur l'état de l'Union. Cette grande messe de la politique américaine permet habituellement au président de dresser les perspectives pour l'année à venir et de présenter ses priorités législatives.

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La situation est d'autant plus préoccupante pour l'administration républicaine que les Midterms, les élections de mi-mandat prévues en novembre, commencent à se profiler à l'horizon. Ces scrutins intermédiaires détermineront le contrôle du Congrès et pourraient significativement affecter la capacité d'action présidentielle durant la seconde moitié du mandat.

Une action présidentielle de plus en plus limitée

Cette mauvaise passe se reflète également dans l'action quotidienne de la présidence. Les observateurs politiques notent que le rythme des décisions exécutives a considérablement ralenti. Alors que Donald Trump signait plus de trente décrets par mois lors de ses premiers mois de mandat, ce chiffre est tombé à moins de dix mensuels dès la deuxième année de sa présidence.

Sur le front de la politique étrangère, le constat est similaire. Depuis novembre 2025, le président américain n'est sorti des États-Unis qu'à une seule reprise, lors d'un passage express à Davos marqué par une série de tensions avec les dirigeants européens. Cette réticence à voyager contraste fortement avec ses vingt-cinq jours passés à l'étranger entre janvier et octobre de l'année précédente.

Un style présidentiel contre-productif

Marie-Christine Bonzom, politologue et ancienne correspondante de la BBC à Washington, analyse cette situation : « Donald Trump est désormais très impopulaire sur tous les dossiers. Pendant les premiers mois de son second mandat, il bénéficiait d'une majorité, au moins sur les questions de l'immigration et de la criminalité. »

La spécialiste ajoute : « Tout président américain est jugé sur son action mais aussi sur sa gouvernance. Or, le style et la rhétorique de Trump contribuent activement à lui nuire dans l'opinion publique. »

Sur le dossier sensible de l'immigration, Marie-Christine Bonzom précise : « La majorité des Américains, démocrates et républicains confondus, sont favorables à l'expulsion des migrants illégaux. Cependant, la méthode employée au Minnesota et la mort tragique de deux citoyens américains ont suscité un fort rejet dans l'opinion. »

Des incidents qui ont marqué l'opinion

Fin janvier dernier, des policiers fédéraux ont effectivement abattu à deux semaines d'intervalle Renee Good, une mère de famille qui revenait de l'école, et Alex Pretti, un infirmier. Ces drames ont provoqué une vague de colère parmi les citoyens américains.

L'absence de condamnation claire de Donald Trump concernant l'action de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) ou de la Border Patrol dans ces dossiers hautement sensibles s'est retournée contre lui, y compris au sein de son propre camp politique.

L'affaire Epstein, un dossier persistant

L'affaire Epstein continue également de peser sur la présidence. Donald Trump avait promis du bout des lèvres pendant sa campagne électorale de déclassifier les dossiers liés à cette affaire, jurant que cela ferait principalement tomber des personnalités démocrates.

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Mais le président se montre bien peu enclin à la transparence sur ce sujet. Alexis Pichard, enseignant en civilisation américaine et chercheur politique, complète : « Les dossiers sortent au compte-goutte et de manière incomplète, ce qui alimente les suspicions et les critiques. »

Des promesses économiques non tenues

La promesse d'une embellie économique n'est pas davantage tenue. L'inflation est en hausse constante et la réforme du One Big Beautiful Bill Act a significativement augmenté le prix des assurances de santé pour de nombreux Américains.

Marie-Christine Bonzom souligne : « Donald Trump a déçu une partie de sa base MAGA. Les tarifs douaniers, l'augmentation du nombre de visas accordés aux étudiants chinois ou aux ingénieurs étrangers qualifiés dans l'informatique, l'intervention au Venezuela ou les visées sur le Groenland... Pour certains de ses supporters les plus radicaux, ces politiques contredisent le slogan « America first » qui avait pourtant porté sa campagne. »

Un soutien politique qui s'effrite

Symbole significatif de cette érosion du soutien : l'une de ses plus ferventes partisanes, la députée Marjorie Taylor Greene, lui a récemment tourné le dos. Pour satisfaire son camp politique, Donald Trump « devrait prioriser la politique intérieure », poursuit Marie-Christine Bonzom.

Mais les récentes décisions stratégiques semblent indiquer l'inverse. Les avions militaires massés depuis quelques jours aux abords de l'Iran laissent présager une possible escalade internationale plutôt qu'un recentrage sur les préoccupations domestiques.

La tradition des Midterms : une fatalité pour Trump ?

Ce trou d'air politique pourrait-il coûter cher à Donald Trump lors des élections de mi-mandat de novembre ? Marie-Christine Bonzom rappelle : « Dans un système bipartisan comme aux États-Unis, le mécontentement populaire se traduit habituellement par un vote sanction qui profite au parti d'en face. »

Le président au teint orange n'est d'ailleurs pas le seul à avoir subi ce phénomène. Depuis 1970, seuls deux présidents américains ont réussi à gagner des sièges au Congrès lors des Midterms : Bill Clinton en 1998 et George W. Bush en 2002, dans le contexte très particulier qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.

La tradition du « canard boiteux »

La tradition politique américaine veut que les présidents échouent, plus ou moins lamentablement, dans ces élections de mi-mandat. Ces défaites transforment souvent les chefs de l'État en « lame duck » - l'expression désignant les présidents en fin de mandat qui ont perdu une grande partie de leur influence politique.

Une popularité dans la moyenne historique

Fait intéressant : la cote de popularité de Donald Trump n'est pas si basse comparée à celle de ses prédécesseurs. En moyenne, il recueille 42,7% d'avis favorables dans les sondages, soit sept points de moins qu'en janvier 2025 selon les analyses de Marie-Christine Bonzom.

Son score est comparable à ceux de ses deux prédécesseurs récents qui ont été réélus : à ce même stade de leurs seconds mandats, George W. Bush faisait 42,5% de satisfaits en 2006, et Barack Obama était à 44,2% en 2014. Rien d'abyssal donc dans cette baisse de popularité.

Une spécificité Trump dans le jugement des électeurs

L'hôte de la Maison-Blanche est-il simplement condamné à vivre la fatalité de la politique américaine ? Si la défaite aux Midterms est commune à presque tous les présidents, le cas Trump soulève quelques particularités.

Alexis Pichard explique : « Généralement, un président américain est jugé et éventuellement puni par les électeurs sur la base de son bilan macroéconomique. Barack Obama, par exemple, a été sanctionné aux Midterms de 2010 par un vote-sanction portant principalement sur l'Obama Care et les aides aux banques. »

Le chercheur poursuit : « Là où la situation de Donald Trump est particulière, c'est qu'il est jugé sur des questions judiciaires, morales, presque philosophiques concernant la nature même de la démocratie américaine. »

La menace persistante de l'impeachment

En cas de renversement du Congrès lors des Midterms de novembre, le président Trump se retrouverait à nouveau sous la menace d'une procédure d'impeachment. Cette perspective pèse certainement sur les stratégies politiques en cours d'élaboration à la Maison-Blanche.

Le discours sur l'état de l'Union de ce mardi et les mois qui suivront jusqu'aux élections de novembre détermineront si Donald Trump pourra inverser la tendance ou s'il succombera à la tradition politique qui veut que les présidents perdent du terrain lors des Midterms.