Le calvaire de touristes britanniques détenus 42 jours aux États-Unis
Le 26 septembre 2025, Karen Newton, 65 ans, et son mari Bill, 66 ans, voient leur voyage touristique basculer en cauchemar à la frontière canadienne. Après avoir traversé plusieurs États américains, le couple britannique est refoulé par les autorités canadiennes, faute de documents suffisants pour leur véhicule. Leur retour aux États-Unis marque le début d'une détention de quarante-deux jours.
Une arrestation brutale et des conditions inhumaines
Présentés aux agents frontaliers américains, les Newton sont retenus malgré le visa valide de Karen. Menottés aux poignets, à la taille et aux chevilles, ils subissent un transfert nocturne vers un poste frontalier du Montana. Pendant trois jours, ils dorment sur un matelas au sol, sous des couvertures de survie, dans une cellule sans lit.
Le couple est ensuite conduit dans un « fourgon pénitentiaire » vers le centre de détention de l'ICE à Tacoma, dans le nord-ouest des États-Unis. Séparée de son mari, Karen découvre un lieu qu'elle qualifie de prison : portes verrouillées, meubles boulonnés, lumières allumées en permanence et absence de fenêtres. Elle reçoit un sweat-shirt gris, un pantalon de jogging, une carte d'identité et un bracelet électronique.
Un mois sur un matelas mince et des souffrances physiques
En raison de son vertige et de son âge, Karen refuse le lit du haut. Une gardienne lui répond sèchement qu'elle en a assez de « ces conneries » et la laisse dormir par terre sur un matelas mince pendant un mois. Ces conditions précaires provoquent chez la sexagénaire des douleurs aux hanches et au dos, ainsi qu'une constipation persistante par peur d'utiliser les toilettes ouvertes.
Dans cet univers sans repères temporels, Karen perd complètement la notion du temps. Pour s'occuper, elle fait des puzzles et lit des livres, mais reste souvent à l'écart car la majorité des détenues ne parle pas anglais. Celles qui maîtrisent la langue partagent des histoires poignantes de familles brisées et de détentions prolongées.
Des quotas d'arrestations et des primes controversées
Plusieurs gardiens confient à Karen une information troublante : les agents de l'ICE toucheraient une prime pour chaque arrestation. L'agence dément formellement toute rémunération liée au nombre d'interpellations, mais le cas des Newton s'inscrit dans un contexte politique particulier.
Depuis la seconde investiture de Donald Trump le 20 janvier 2025, l'administration impose des quotas d'arrestations quotidiens, variant entre 1 200 et 1 500 personnes. Le budget de l'ICE a bondi à 85 milliards de dollars, avec des primes d'embauche pouvant atteindre 50 000 dollars pour les nouvelles recrues.
D'autres touristes victimes de la politique migratoire
Le calvaire des Newton n'est pas isolé. Plusieurs touristes ont subi des détentions similaires :
- Une touriste allemande détenue quarante-cinq jours
- Une Britannique voyageant en sac à dos retenue dix-neuf jours
- Une Canadienne incarcérée pendant deux semaines
- Une Néo-Zélandaise et son fils de six ans détenus durant trois semaines
Un Français, dont le visa de travail n'avait pas été renouvelé, a également été arrêté en mars 2025 à la frontière canadienne. Transféré au centre de rétention de Batavia près de Buffalo, il a décrit des conditions carcérales difficiles avant d'être libéré au bout de trente jours, amaigri de 7 kg et interdit de territoire pendant cinq ans.
Une libération conditionnelle et un avertissement sévère
Pour hâter leur libération, Karen et Bill ont signé un départ volontaire dans le cadre du « Projet Homecoming ». Ce programme prévoit l'achat du billet d'avion retour par l'État, une prime de 1 000 dollars (portée à 2 600 dollars en 2026) et une interdiction d'entrée aux États-Unis pendant dix ans. Pourtant, le couple avait proposé dès son arrestation d'acheter immédiatement ses billets pour le Royaume-Uni, en vain.
Le 6 novembre 2025, quarante-deux jours après leur arrestation, les Newton sont conduits à l'aéroport de Seattle-Tacoma encore menottés. Leurs bagages sont confisqués définitivement, et seule Karen reçoit la prime promise. « N'y allez pas – pas tant que Trump est au pouvoir », avertit-elle aujourd'hui. « C'est totalement hors de contrôle là-bas. Ils n'ont pas besoin de raison pour vous détenir. »
Les conséquences sur le tourisme international
La politique migratoire de Donald Trump affecte déjà le tourisme aux États-Unis. En 2025, 4,5 millions de visites internationales en moins ont été enregistrées, avec une baisse de 15 % depuis le Royaume-Uni et jusqu'à 40 % depuis la France pour certains opérateurs.
À l'approche de la Coupe du monde 2026, coorganisée avec le Canada et le Mexique, Tourism Economics prévoit l'arrivée d'environ 1,24 million de visiteurs internationaux. Cet afflux pourrait dynamiser l'économie de 30 à 50 milliards de dollars et générer des centaines de milliers d'emplois.
Cependant, les tensions liées à l'immigration et aux visas suscitent des inquiétudes croissantes. Un visa valide n'assure plus qu'un touriste ne soit pas retenu pendant plusieurs heures, parfois sans explication. Comme le souligne Karen Newton : « Si ça peut m'arriver, ça peut arriver à n'importe qui. »



