États-Unis : l'abrogation de l'Endangerment Finding marque une escalade dans la guerre anti-climat de Trump
États-Unis : l'abrogation climatique de Trump franchit une nouvelle étape

États-Unis : l'abrogation de l'Endangerment Finding marque une escalade dans la guerre anti-climat de Trump

Dans cette analyse publiée en partenariat avec The Conversation, l'économiste Christian de Perthuis démontre comment l'abrogation de l'Endangerment Finding, un texte fondamental de l'Agence environnementale américaine (EPA) qui sert de base à toutes les régulations fédérales concernant les émissions de gaz à effet de serre (GES), représente une étape supplémentaire dans l'offensive anti-climatique de l'administration Trump.

Un recul historique de près de vingt ans

L'abrogation du « constat de mise en danger » de l'EPA, annoncée depuis la Maison Blanche le 12 février 2026, constitue un retour en arrière de près de deux décennies dans la politique climatique américaine. Ce texte crucial rassemblait les éléments scientifiques permettant l'application d'une décision de la Cour suprême des États-Unis datant de 2007, qui enjoignait à l'EPA d'inclure les six principaux gaz à effet de serre parmi les rejets atmosphériques qu'elle a pour mission de réguler.

Cette nouvelle illustration du backlash climatique de l'Amérique trumpienne promet de déclencher de multiples contentieux juridiques qui devraient remonter jusqu'à la Cour suprême, dont la décision de 2007 n'a pas été formellement abrogée.

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Les origines du backlash climatique

Le terme « backlash », popularisé par le livre de Susan Faludi en 1991, désignait initialement les régressions en matière de droits civiques, particulièrement ceux des femmes et des minorités. Ce phénomène a connu un regain de vigueur en 2025 avec le début du second mandat de Donald Trump.

La guerre contre les droits civiques s'est intensifiée avec une violence particulière envers les migrants, puis s'est étendue à tout ce qui concerne le changement climatique, c'est-à-dire aux droits environnementaux et à la science elle-même. La guerre anti-climat a été officiellement déclarée dès le premier jour de la présidence, le 20 janvier, avec la signature de décrets annonçant le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat et visant à relancer les énergies fossiles.

En politique extérieure, la dénonciation de l'accord de Paris a été complétée en janvier 2026 par le retrait des États-Unis de la convention-cadre des Nations unies sur le réchauffement climatique et du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). En se retirant de la convention-cadre, l'Amérique trumpienne s'est affranchie de toute obligation internationale en matière climatique.

Les sciences du climat dans le collimateur

Le retrait du GIEC illustre un autre volet du backlash : la guerre déclarée contre les sciences du climat et toutes les institutions qui les hébergent. Si les universités et les centres indépendants comme le World Resources Institute (WRI) ou le Berkeley Earth ont pu résister, trois grandes administrations fédérales ont été directement affectées : l'administration en charge de l'atmosphère et de l'océan (NOAA), les centres de recherche sur le climat de la NASA et l'agence environnementale (EPA), responsable de l'établissement de l'inventaire des émissions de gaz à effet de serre.

Ces trois institutions produisent de nombreuses données et modélisations utilisées par les scientifiques du monde entier. Sur le plan de la politique intérieure, l'abrogation de l'Endangerment Finding ouvre la voie à la suppression de l'ensemble des régulations environnementales touchant le climat, notamment dans les transports et l'énergie.

Cette abrogation a été préparée par la publication du rapport de juillet 2025 du Département de l'énergie, qui relativisait les impacts du réchauffement climatique, instillait le doute sur ses origines anthropiques et affirmait, dans son résumé pour décideurs, que « des politiques d'atténuation excessivement agressives pourraient s'avérer plus néfastes que bénéfiques ».

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Les conséquences déjà tangibles pour le climat

L'abrogation de l'Endangerment Finding vise à inscrire dans la durée la stratégie trumpienne, guidée par la promesse de retrouver un paradis énergétique reposant sur une abondance d'énergie fossile livrée à bas coût à la population. Au nom de cette chimère, les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et à l'électrification des usages ont été démantelés en moins d'un an.

Cela a conduit les constructeurs américains à mettre un frein significatif au développement de la voiture électrique. Dans les énergies renouvelables, la filière éolienne a été particulièrement visée, avec le gel ou l'arrêt de la plupart des grands projets offshore déjà engagés, généralement portés par des entreprises européennes.

Simultanément, le secteur des énergies fossiles a été favorisé par la « grande et belle loi budgétaire » qui prévoit :

  • La cession de nouvelles concessions pétrolières dans le golfe du Mexique et sur les terres fédérales
  • Des allègements fiscaux sur les forages
  • Le report de la redevance sur le méthane
  • La réduction des redevances minières pour le charbon
  • L'extension de l'extraction du charbon sur les terres fédérales
  • Des crédits d'impôt pour le « charbon métallique » utilisé dans les hauts-fourneaux

Ce cocktail de mesures a contribué à la remontée, estimée à 2,4 %, des émissions de gaz à effet de serre du pays en 2025. La tendance à la baisse des émissions observée depuis 2005 risque ainsi d'être interrompue.

Face au backlash : accélération au Sud, hésitations en Europe

Dans le reste du monde, ce n'est pas le backlash, mais l'accélération de la transition énergétique qui prévaut. La Chine en est devenue l'acteur pivot grâce à un investissement sans pareil dans les énergies bas carbone, lui permettant de franchir son pic d'émission à 8 tonnes de CO2 par habitant, quand les États-Unis ont franchi le leur à 21 tonnes et l'Europe à 11 tonnes.

Devenue le fournisseur dominant des biens d'équipement de la transition énergétique, la Chine a contré la fermeture du marché américain en redirigeant ses ventes vers le Sud global, qui accélère ses investissements dans l'économie bas carbone. L'agressivité trumpiste a même réussi à rapprocher la Chine de l'Inde.

L'accélération de la transition bas carbone est particulièrement forte en Asie. En 2025, l'Inde a stabilisé les émissions de son secteur électrique grâce à la montée en régime du solaire. La même année, on a vendu, en proportion, plus de véhicules électriques au Viêt-nam ou en Thaïlande que dans l'Union européenne, et le Pakistan s'est couvert de panneaux photovoltaïques.

Dans ce contexte, l'Europe s'enferme dans une position défensive face aux États-Unis, subissant les coups les uns après les autres. Les vents du backlash climatique trouvent même des relais au sein de l'Union européenne, où une partie de la classe politique cherche désormais à freiner, voire stopper, la transition bas carbone.

Cette attitude est contreproductive. Le vieux continent importe la grande majorité de son énergie fossile, et pourrait au contraire reconquérir une partie de sa souveraineté économique en accélérant sa transition énergétique. Cela contribuerait également à relever son taux d'investissement, car l'économie bas carbone est plus capitalistique que celle reposant sur l'énergie fossile.

L'Europe devrait, enfin, mobiliser toutes ses ressources scientifiques pour faire face aux attaques lancées contre les sciences du climat. Aux « faits alternatifs » que cherchent à imposer les « ingénieurs du chaos » sur les réseaux sociaux, il est temps d'opposer avec détermination les faits scientifiques.