Eric Swalwell : la chute d'un poids lourd démocrate après des accusations de viol et harcèlement
Chute d'Eric Swalwell après accusations de viol et harcèlement

La chute brutale d'un étoile montante démocrate

La photographie semblait parfaite : Eric Swalwell pose avec son épouse et leurs trois jeunes enfants, installés sur le canapé de leur salon familial. « Joyeuses Pâques de notre famille à la vôtre. Continuons à œuvrer pour un avenir qui reflète le meilleur de ce que nous sommes », écrit le 5 avril ce poids lourd du parti démocrate américain. Élu de Californie à la Chambre des représentants depuis 2013, il apparaissait alors comme le favori côté démocrate pour succéder à Gavin Newsom au poste de gouverneur en novembre prochain.

Des révélations explosives qui font imploser une carrière

Alors que les rumeurs commençaient déjà à circuler en ligne, la bombe explose finalement cinq jours plus tard via deux articles du San Francisco Chronicle et de CNN publiés vendredi dernier : une ancienne assistante l'accuse de viol, et trois autres femmes de harcèlement sexuel. Les dominos tombent rapidement : dimanche, le représentant californien suspend sa campagne pour le poste de gouverneur ; lundi, il annonce sa démission du Congrès.

S'il présente des excuses pour ses « erreurs de jugement », Swalwell, âgé de 45 ans, assure qu'il combattra les « fausses accusations » qui le visent. Mais sa carrière politique semble bel et bien terminée, et ce sont des influenceuses qui ont sonné l'alarme sur un comportement présumé qui, selon plusieurs sources, n'a surpris personne à Washington.

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Un parcours politique marqué par les controverses

Ancien procureur, Eric Swalwell n'avait même pas 32 ans quand il a été élu au Congrès en 2012, après avoir battu un sortant démocrate presque octogénaire dans un district coincé entre San Francisco et la Silicon Valley. Très présent sur les réseaux sociaux, il est devenu un habitué des plateaux télévisés pendant le premier mandat de Donald Trump.

Membre de la commission sur le renseignement, il a participé à l'enquête démocrate sur les liens entre Trump et la Russie. Il s'est même lancé dans la course à l'investiture démocrate en 2019 avant de rapidement jeter l'éponge. Pendant la seconde procédure de destitution du président américain après l'assaut du Capitole, Swalwell faisait partie des neuf démocrates qui ont joué le rôle de procureur lors du procès devant le Sénat où Donald Trump a été acquitté.

L'affaire de l'espionne chinoise et les avertissements répétés

Le jeune congressman avait connu une première alerte quand le média Axios a révélé fin 2020 qu'il faisait partie de plusieurs élus californiens ciblés quelques années plus tôt par Fang Fang, une ressortissante chinoise suspectée d'être une espionne de Pékin. Briefé par le renseignement américain, Eric Swalwell avait coupé sa collaboration. S'il en était ressorti relativement indemne, les républicains avaient réclamé qu'il soit écarté de la commission sur le renseignement.

Quand Kevin McCarthy est devenu Speaker après les élections de mi-mandat de fin 2022, il a finalement pu mettre sa menace à exécution et s'est expliqué ainsi en janvier 2023 : « Si vous aviez reçu le briefing que j'ai eu du FBI, vous ne voudriez voir Swalwell dans aucune commission. » Pour autant, l'enquête ouverte par le comité d'éthique avait été close sans suite.

Le rôle crucial des influenceuses dans les révélations

Quand Kamala Harris puis le sénateur Alex Padilla ont passé leur tour dans la primaire démocrate pour briguer le poste de gouverneur de Californie – Gavin Newsom ne pouvant pas se représenter après deux mandats –, Eric Swalwell a saisi sa chance. Il a lancé sa candidature sur le plateau de Jimmy Kimmel le 21 novembre dernier.

« Notre État a besoin d'un combattant et d'un protecteur » face à Donald Trump, avait-il tonné. Le public avait applaudi debout, tout comme Arielle Fodor. Cette ancienne professeure des écoles reconvertie en influenceuse éducation était ressortie d'une visioconférence sur Zoom avec Eric Swalwell conquise. Mais quand elle a partagé une photo, elle explique aujourd'hui sur Instagram avoir immédiatement reçu trois messages d'avertissement : « Ne lui donne pas ton numéro. Il va te sexter à 2 heures du matin. Tu sais qu'il couche avec ses stagiaires, non ? »

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Dans le même temps, Cheyenne Hunt, une autre créatrice de contenus – et ex-candidate au Congrès –, a également commencé à passer des coups de fil et à donner de la voix en ligne. La campagne de Swalwell a juré à des donateurs qu'il s'agissait de rumeurs infondées. Aidées par un avocat, les deux jeunes femmes ont aiguillé des accusatrices vers CNN.

Une nouvelle accusation de viol et l'ouverture d'une enquête

Les révélations ont fait l'effet d'une bombe. Eric Swalwell a été aussitôt lâché par plusieurs cadres démocrates, jusqu'à Nancy Pelosi, et n'a pas eu d'autre solution que de démissionner. Kevin McCarthy n'a pas été surpris. L'ancien Speaker a réagi sur la chaîne ABC : « Tous les membres du Congrès savent qu'il ne faut laisser aucune jeune collaboratrice près de Swalwell, ce n'est un secret pour personne là-bas. » Un secret bien gardé pendant des années.

Ce mardi, une nouvelle femme a accusé Eric Swalwell, lors d'une conférence de presse en direct à Los Angeles aux côtés de la célèbre avocate Lisa Bloom. Lonna Drewes, une ancienne mannequin, affirme que l'élu l'a droguée et violée en 2018, assurant qu'elle n'avait bu qu'un verre de vin : « Nous devions nous rendre à un événement politique et il a dit qu'il devait récupérer des documents dans sa chambre d'hôtel. Quand je suis arrivée, j'étais déjà incapable de réagir. Je ne pouvais plus bouger ni les bras ni le corps. Il m'a violée et il m'a étranglée, et pendant qu'il m'étouffait, j'ai perdu connaissance et j'ai cru que j'étais en train de mourir. »

Elle précise ne pas avoir porté plainte à l'époque mais s'être confiée à des proches. Le bureau du shérif de Los Angeles a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire sur ces allégations graves qui ont définitivement scellé le destin politique d'Eric Swalwell.