Lanceur d'alerte : le Maroc a acheté des logiciels espions pour 1,8 milliard d'euros
Maroc : 1,8 milliard d'euros de logiciels espions

Un lanceur d'alerte a révélé que le Maroc a consacré 1,8 milliard d'euros à l'achat d'outils de surveillance de masse, notamment des logiciels espions comme Pegasus, entre 2015 et 2025. Ces acquisitions ont été documentées dans des fichiers internes obtenus par le collectif Forbidden Stories et partagés avec Le Monde.

Des cibles prioritaires : journalistes et militants

Selon les documents, les autorités marocaines ont ciblé au moins 600 personnes, dont des journalistes, des défenseurs des droits humains et des opposants politiques. Parmi les victimes figurent le journaliste Omar Radi et l'activiste Maati Monjib, tous deux poursuivis pour des affaires liées à leur travail.

Les fichiers indiquent que le royaume chérifien a utilisé Pegasus, développé par l'entreprise israélienne NSO Group, ainsi que d'autres logiciels comme FinFisher et Hacking Team. Le coût total des contrats s'élève à 1,8 milliard d'euros, soit environ 1,5 % du budget annuel de l'État marocain.

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Un système de surveillance à grande échelle

Le lanceur d'alerte, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles, a déclaré au Monde : « Le Maroc a construit un système de surveillance sans précédent en Afrique, avec des capacités techniques équivalentes à celles des grandes puissances. » Il précise que les outils ont été utilisés pour infiltrer les téléphones portables et les messageries électroniques des cibles.

Les documents révèlent également que des serveurs ont été installés dans plusieurs villes marocaines, dont Rabat, Casablanca et Marrakech, permettant une interception en temps réel des communications. La Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) est identifiée comme le principal bénéficiaire de ces technologies.

Conséquences et réactions internationales

Cette affaire relance le débat sur l'utilisation des logiciels espions par les États. En 2021, une précédente enquête du consortium Pegasus Project avait déjà mis en lumière l'usage de Pegasus par le Maroc contre des journalistes. Le gouvernement marocain avait alors nié toute implication, mais ces nouveaux documents contredisent ses dénégations.

L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a condamné ces pratiques, estimant qu'elles « portent atteinte à la liberté de la presse et aux droits fondamentaux ». L'Union européenne a appelé à une enquête indépendante, tandis que les États-Unis ont réitéré leur opposition à l'utilisation abusive de technologies de surveillance.

Le Maroc n'a pas répondu aux sollicitations du Monde concernant ces révélations. Toutefois, une source diplomatique marocaine a indiqué que le pays « respecte le droit international et utilise ces outils uniquement pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée ».

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