Eurodéputé enquêtant sur Pegasus lui-même ciblé par le logiciel espion
Eurodéputé enquêtant sur Pegasus ciblé par le logiciel

L'eurodéputé néerlandais Jeroen Lenaers, qui dirigeait une enquête parlementaire sur le logiciel espion Pegasus, a lui-même été ciblé par ce même programme, selon une enquête conjointe de plusieurs médias européens publiée ce vendredi 3 juillet 2026. Lenaers, membre du Parti populaire européen (PPE), a été infecté sur son téléphone portable en 2021, alors qu'il travaillait sur un rapport sur l'utilisation de Pegasus par des États membres de l'UE.

Une cible de choix pour le logiciel espion

L'enquête, menée par le consortium de journalistes Forbidden Stories et des médias partenaires, dont Le Monde, a révélé que le téléphone de Lenaers a été compromis via une attaque par SMS, une méthode courante de Pegasus. L'infection a eu lieu en mai 2021, quelques mois après que Lenaers a été nommé rapporteur de la commission d'enquête du Parlement européen sur Pegasus. Selon les données de l'organisation Citizen Lab, qui a analysé les téléphones des victimes, l'attaque a été attribuée à un client du gouvernement hongrois, bien que le gouvernement de Viktor Orbán ait nié toute implication.

« C'est une violation flagrante de la souveraineté du Parlement européen et de mes droits en tant que député », a déclaré Lenaers dans un communiqué. « Cela montre à quel point Pegasus est une menace pour la démocratie et l'État de droit en Europe. »

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Un rapport accablant sur Pegasus

Le rapport de Lenaers, adopté en mars 2022 par le Parlement européen, avait conclu que Pegasus avait été utilisé par plusieurs États membres, dont la Hongrie, la Pologne et l'Espagne, pour espionner des journalistes, des avocats et des opposants politiques. Le rapport recommandait des sanctions contre les gouvernements concernés et un renforcement de la régulation des logiciels espions. L'enquête de Forbidden Stories a confirmé que Lenaers figurait sur une liste de 50 000 numéros de téléphone ciblés par Pegasus, compilée par des sources anonymes.

« Le fait que le rapporteur lui-même ait été ciblé souligne l'urgence de réguler ces technologies », a commenté Sophie in 't Veld, députée européenne néerlandaise et membre de la commission d'enquête. « Nous devons protéger les institutions démocratiques contre ces intrusions. »

Des implications politiques majeures

Cette révélation intervient alors que le Parlement européen examine de nouvelles règles pour encadrer les logiciels espions, notamment une proposition de la Commission européenne visant à interdire la vente de tels outils à des régimes autoritaires. Lenaers a appelé à une enquête approfondie sur l'attaque dont il a été victime, exigeant que les autorités hongroises ou tout autre gouvernement impliqué soient tenus responsables. Le gouvernement hongrois a rejeté les allégations, les qualifiant de « diffamation » et de « tentative de déstabilisation ».

L'affaire a également relancé le débat sur la vulnérabilité des institutions européennes face à l'espionnage numérique. Selon des sources proches de l'enquête, au moins cinq autres eurodéputés travaillant sur des dossiers sensibles auraient été ciblés par Pegasus, bien que leurs noms n'aient pas été divulgués. Citizen Lab estime que plus de 1 000 personnes, dont des journalistes et des militants, ont été infectées par Pegasus dans l'UE depuis 2019.

Une réponse politique attendue

La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a condamné l'attaque contre Lenaers, la qualifiant d'« atteinte inacceptable à la démocratie parlementaire ». Elle a promis de renforcer la sécurité des appareils des députés et de demander des comptes aux États membres qui utilisent Pegasus. De son côté, la Commission européenne a annoncé qu'elle allait accélérer l'examen de la directive sur les logiciels espions, dont l'adoption est prévue pour 2027.

Lenaers a conclu : « Je ne me tairai pas. Cette attaque ne fera que renforcer ma détermination à lutter contre ces pratiques. »

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