Zimbabwe : le président court-circuite la Constitution
Zimbabwe : le président contourne la Constitution

Au Zimbabwe, le président Emmerson Mnangagwa a sérieusement contourné la Constitution en nommant des juges sans la consultation requise du Parlement, révèle une enquête de Libération publiée le 8 juillet 2026. Cette pratique, qui s'inscrit dans un contexte de concentration du pouvoir, soulève des inquiétudes sur l'indépendance judiciaire dans le pays.

Des nominations unilatérales

Selon l'enquête, Mnangagwa a procédé à la nomination de plusieurs juges de la Cour suprême et de la Haute Cour sans solliciter l'avis du Parlement, comme le stipule l'article 180 de la Constitution zimbabwéenne. Ce dernier exige que le président consulte le Service judiciaire et le Sénat avant toute nomination. Or, des documents internes montrent que le chef de l'État a ignoré cette procédure pour au moins cinq juges nommés en 2025.

Un haut responsable du ministère de la Justice, sous couvert d'anonymat, a confié à Libération : « Le président a court-circuité le processus constitutionnel. Il a directement choisi les candidats et les a fait prêter serment sans débat parlementaire. »

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Une dérive autoritaire

Cette affaire intervient dans un climat politique tendu, où Mnangagwa est accusé par l'opposition de museler les contre-pouvoirs. Depuis son accession au pouvoir en 2017, le président a renforcé son emprise sur l'appareil d'État, notamment à travers des réformes limitant les prérogatives du Parlement. En 2024, une loi controversée avait déjà réduit les pouvoirs de la Commission des droits de l'homme.

L'opposition, menée par le Citizens Coalition for Change (CCC), a dénoncé ces nominations comme « une attaque directe contre la démocratie et l'État de droit ». Le porte-parole du parti, Promise Mkwananzi, a déclaré : « Mnangagwa agit comme un monarque. Il piétine la Constitution pour placer ses fidèles à la tête de la justice. »

Des conséquences judiciaires

Les juges nommés de manière irrégulière sont désormais en poste, ce qui pourrait fragiliser la légitimité de leurs décisions. Des avocats zimbabwéens envisagent de contester ces nominations devant la justice. Selon l'organisation de défense des droits humains Zimbabwe Lawyers for Human Rights, « ces juges siègent sans mandat légal, ce qui jette un doute sur toutes les affaires qu'ils traitent ».

Un rapport de l'Union africaine, cité par Libération, indique que le Zimbabwe a reculé de plusieurs places dans les indices de gouvernance en Afrique, passant de la 35e à la 42e position entre 2020 et 2025. Le pays est également pointé du doigt pour la répression des médias et de la société civile.

La communauté internationale en alerte

Les États-Unis et l'Union européenne ont exprimé leur préoccupation. Un porte-parole du département d'État américain a déclaré : « Nous suivons de près la situation. Le respect de la Constitution est fondamental pour toute démocratie. » Le Zimbabwe est sous sanctions occidentales depuis 2002 en raison de violations des droits de l'homme.

Mnangagwa, quant à lui, n'a pas commenté directement l'enquête. Son porte-parole a affirmé que « toutes les nominations ont été faites dans le respect de la loi », sans fournir de précisions. Le président, âgé de 83 ans, brigue un troisième mandat lors des élections prévues en 2028, ce qui nécessiterait une modification constitutionnelle.

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