Sénégal : violente répression à l'UCAD, un étudiant tué, l'université fermée
Violences à l'UCAD : un étudiant tué, université fermée

Sénégal : un drame étudiant secoue l'université Cheikh Anta Diop de Dakar

La colère et la consternation sont vives au Sénégal après l'explosion de violences survenue ces derniers jours au sein de l'université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. La violente répression par les forces de l'ordre du mouvement de contestation étudiant, qui réclamait le paiement des arriérés de bourses, a provoqué une onde de choc dans tout le pays.

Le décès tragique d'un étudiant de 21 ans, Abdoulaye Ba, des suites de ses blessures le 9 février, a marqué un tournant dramatique dans cette crise. De nombreux blessés ainsi que plusieurs arrestations sont recensés, illustrant la tension extrême de la situation actuelle. Au lendemain du drame, les autorités ont annoncé la fermeture jusqu'à nouvel ordre de l'université de Dakar et l'ouverture d'une enquête.

Retour sur les faits : une escalade de violence incontrôlée

Depuis la fin de l'année, des revendications estudiantines secouaient épisodiquement le campus universitaire de l'UCAD, en raison du retard du paiement des arriérés des bourses étudiantes. Le climat de tension a gagné en intensité le vendredi 6 février après la fermeture des restaurants universitaires. Des premières échauffourées ont eu lieu et ont perduré durant le week-end, mais l'acmé a été atteinte lundi dernier.

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Alors que le 9 février avait été déclaré « lundi noir » sans aucune protestation prévue, les forces de l'ordre sont intervenues aux environs de 10 heures dans l'enceinte du campus. Le Collectif des amicales de l'UCAD relate dans son communiqué du 10 février des « tirs à bout portant sur des étudiants sans défense » et des forces de l'ordre qui ont commencé à « défoncer les portes des pavillons en tabassant les étudiants ». Le communiqué évoque également des « saccages » et des « vols de biens » d'étudiants par les forces de l'ordre.

L'origine du mouvement : des arriérés de bourses chroniques

Le mouvement de contestation des étudiants est directement lié au retard du paiement des arriérés de bourses, une problématique régulièrement remise sur la table. Avec les perturbations fréquentes du calendrier universitaire – notamment la fermeture de l'UCAD pendant plus de 9 mois lors de la crise électorale entre 2023 et 2024 – ces retards sont devenus chroniques.

Pour protester contre ces arriérés qui remontent à plus d'un an, les étudiants de l'UCAD avaient décidé d'organiser une « journée sans ticket », refusant de payer leurs repas au restaurant universitaire. En réaction, la direction du Centre régional des œuvres universitaires (CROUS) a décidé de fermer tous les restaurants universitaires, parlant d'« actes de saccage » et créant un contexte explosif.

Un bilan humain et matériel lourd

Les nombreuses vidéos partagées sur les réseaux sociaux témoignent de la violence des affrontements qui ont secoué le campus de l'UCAD. Face à des forces de l'ordre faisant usage de grenades lacrymogènes et de matraques, les étudiants se sont emparés de pierres, pavés et autres matériaux pour riposter.

Le bilan est particulièrement lourd : selon la Croix-Rouge sénégalaise, 9 étudiants sont gravement blessés sur une centaine de blessés au total. Le Ministère fait état de 48 blessés parmi les forces de l'ordre. Le Collectif des amicales de l'UCAD rapporte qu'environ 105 étudiants ont été arrêtés et sont actuellement détenus, sans compter les nombreux dégâts matériels.

Des réactions indignées dans tout le pays

L'annonce de la mort d'Abdoulaye Ba a suscité une grande émotion et la consternation dans le monde étudiant mais aussi au sein de la population sénégalaise. Le syndicat autonome de l'enseignement supérieur (SAES) a exigé le retrait « immédiat et sans condition » des forces de l'ordre du campus social.

Les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, dénoncent « l'usage disproportionné de la force » et appellent les autorités à « protéger la vie des étudiants et à respecter leurs droits fondamentaux ». Au niveau politique, l'Alliance pour la République, parti de l'ancien président Macky Sall, a accusé le pouvoir d'avoir franchi une « ligne rouge » et a réclamé la démission du ministre de l'intérieur.

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La gestion gouvernementale de la crise

Dans un communiqué de presse daté du 10 février, le gouvernement sénégalais a présenté ses condoléances et appelé à « la retenue, l'apaisement et au sens des responsabilités ». Lors d'un point de presse organisé le même jour, les quatre ministres présents ont reconnu un usage disproportionné de la force, aussi bien chez les forces de l'ordre que chez les manifestants, et assuré que des sanctions seront prises.

Le ministre de la Justice, Yacine Fall, a assuré que « tous les coupables seront traduits devant la justice » et a indiqué que le parquet a été saisi pour faire « toute la lumière sur les circonstances de la mort de l'étudiant Abdoulaye Ba ». Le ministre de l'Intérieur, Bamba Cissé, a parlé d'une « tragédie » mais a justifié la présence des forces de sécurité face à une « radicalisation du mouvement ».

Des répercussions politiques potentielles

Cette crise intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. La jeunesse et particulièrement les étudiants ont figuré parmi les plus mobilisés lors des manifestations contre l'ancien régime de Macky Sall entre 2023 et 2024. Aujourd'hui, avec la répression récente à l'UCAD, c'est le sentiment d'une reproduction de la violence de l'État qui prime, suscitant déception et désillusion chez de nombreux étudiants.

Le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye doit déjà composer avec un mécontentement généralisé, dans un climat économique très difficile. Cette perte de confiance des jeunes dans les nouvelles autorités pourrait fragiliser le pouvoir en place, d'autant plus si la rupture se confirme dans les prochaines semaines.