Il avait été prié de faire le ménage dans ses profils sociaux. Mais il a oublié un peu de poussière dans les coins. Aziz Rhali (ou Ghali) est un des quinze vice-présidents de la Fédération internationale des droits humains (FIDH), organisation non gouvernementale basée à Paris. Ce sexagénaire marocain, pharmacien de métier, a été de 2019 à juin 2025 président de la fédération marocaine des droits humains.
Un militant de longue date
Il a été élu vice-président de la FIDH il y a quelques mois seulement, au congrès de Bogota (Colombie), en octobre 2025. C’est un militant bien connu dans son pays, où il a souvent été harcelé notamment en raison de son soutien aux revendications d’autodétermination des habitants du Sahara occidental.
Aziz Rhali est aussi un militant de longue date de la cause palestinienne et de l’antisionisme. Sur ce sujet, la FIDH a des positions bien tranchées. « Israël mène un génocide contre le peuple palestinien », affirmait-elle dans une résolution publiée le 12 décembre 2023.
Des propos qui dépassent les positions de la FIDH
Dans ses publications sur les réseaux sociaux, Aziz Rhali va plus loin encore, et depuis longtemps. Le 20 décembre 2015, sur Facebook, il saluait la mémoire de Samir Kountar, figure du Hezbollah, condamné à perpétuité par la justice israélienne, et qui venait alors de décéder. Le 7 octobre 2023, jour de deuil et de massacres, il poste une photo de lui, en groupe, avec une banderole apportant « un soutien permanent et inconditionnel à la résistance palestinienne ».
Le 30 mai 2024, toujours sur Facebook, il rend hommage à Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise, coresponsable de la tuerie de l’aéroport Ben Gourion de 1972 (26 morts). L’eurodéputée Rima Hassan a été placée en garde à vue et mise en examen (une septième fois) pour apologie du terrorisme en avril 2026, suite à un message similaire, posté sur X.
La réaction de la FIDH
La FIDH nous a répondu rapidement et sans détour. « Nous avions eu connaissance de l’existence de posts Facebook évidemment contraires aux positionnements et aux valeurs de la FIDH », dont la ligne reste « le respect du droit international et la protection des droits humains », explique l’ONG.
Aziz Rhali leur avait dit que « ces posts ne reflétaient plus ses positions actuelles et qu’il allait les effacer ». Visiblement, concède la FIDH, certaines ont « échappé à sa vigilance et à l’effacement. Nous l’avons invité à le faire sans délai ».
Les explications d'Aziz Rhali
De son côté, contacté par le Point, Aziz Rhali esquive. Il n’a jamais tenu une banderole à la mémoire du chef du Hezbollah, assure-t-il. Il avait simplement « posé la main dessus », en passant, lors d’une cérémonie. La photo de 2015 avec Samir Kountar a été « prise par un ami » lors d’un voyage humanitaire au Liban. Il n’avait pas fait le déplacement pour le rencontrer.
Les posts sur le 7 octobre 2023 et sur Kozo Okamoto, quant à eux, remontent à une époque où il était président de la Fédération marocaine des droits humains et où sa page Facebook était « gérée par des jeunes ». Il ne les reprend pas à son compte, mais il ne les condamne pas non plus.
Une indulgence habituelle pour le terrorisme
Rima Hassan avait-elle raison de saluer un assassin comme Kozo Okamoto ? « C’est son droit à la liberté d’expression », affirme le militant marocain. Liberté d’expression dont il revendique une acception large, avec une limite : « pas question d’insulter la religion ».
Il est annoncé parmi les participants de la prochaine flottille pour Gaza. Il était déjà dans celle de l’automne 2025, ce qui lui a valu une dizaine de jours en détention en Israël. Bref, Aziz Rhali est engagé sans réserve dans le militantisme propalestinien, avec les risques habituels d’indulgence pour le terrorisme que cela comporte.
Selon Vincent Chebat, de l’organisation israélienne NGO Monitor, la FIDH le savait obligatoirement. « Shawan Jabarin, directeur de l’ONG Al-Haq, membre de la FIDH, dont les liens publics et vérifiables avec l’organisation terroriste du FPLP sont bien connus, a occupé des postes de direction à la FIDH de 2013 à 2022 », explique-t-il.
Selon lui, « c’est d’ailleurs sous l’influence de trois groupes palestiniens membres de la FIDH et liés à des organisations terroristes que cette dernière est devenue la première ONG internationale à accuser l’État juif de génocide ».
La FIDH, de son côté, précise que la situation créée par les prises de position d’Aziz Rhali sera « discutée au prochain Bureau International de la FIDH », en juin.



