Venezuela : une loi d'amnistie limitée adoptée sous pression américaine pour libérer des prisonniers politiques
Venezuela : loi d'amnistie limitée adoptée sous pression américaine

Le Venezuela adopte une loi d'amnistie sous pression américaine, une mesure aux limites évidentes

Le Venezuela a promulgué jeudi une loi d'amnistie autorisant la libération de détenus politiques, moins de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro lors d'une opération militaire menée par les États-Unis. Cette décision, prise sous la pression américaine, ouvre théoriquement la voie à la libération de prisonniers politiques, mais des experts et des organisations non gouvernementales soulignent que sa portée est sévèrement limitée, excluant de nombreux cas sensibles.

Une adoption sous tension et des réactions mitigées

La présidente par intérim Delcy Rodriguez a signé le document au palais présidentiel, quelques minutes seulement après son adoption à l'unanimité par les députés. « Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette loi « ouvre de nouvelles voies pour la politique au Venezuela ». Devant les prisons, les proches des détenus, dont beaucoup campaient depuis la promesse de libérations annoncée le 8 janvier, ont suivi les débats avec anxiété sur leurs téléphones portables.

L'adoption de la loi, après deux reports successifs, a donné lieu à des applaudissements retenus, traduisant davantage un soulagement qu'une véritable joie. Selon l'ONG Foro Penal, spécialisée dans la défense des détenus politiques, les autorités ont déjà procédé à la libération d'environ 450 prisonniers politiques, mais plus de 600 individus restent incarcérés dans des conditions souvent précaires.

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Des espoirs tempérés par des réalités complexes

Petra Vera, dont le beau-frère est emprisonné dans la Zona 7, a exprimé des sentiments ambivalents : « Je suis heureuse, heureuse et pleine d'espoir, mais toujours sur le qui-vive, parce que tant que nous ne les verrons pas dehors, nous n'allons pas cesser de lutter ». Elle campe devant cette prison avec son mari, illustrant la détresse persistante des familles. Les proches de détenus politiques incarcérés à Caracas, qui avaient entamé une grève de la faim, ont tous suspendu leur mouvement après l'annonce de la loi.

L'opposant Juan Pablo Guanipa, libéré le 8 février après neuf mois de détention pour « conspiration » puis arrêté à nouveau deux heures plus tard, a confirmé vendredi qu'il était définitivement libre. M. Guanipa, un allié de la cheffe de l'opposition et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, était précédemment placé en résidence surveillée.

Des exclusions qui réduisent la portée de la loi

La loi d'amnistie couvre spécifiquement des faits survenus pendant treize périodes précises, principalement liées à des manifestations et à leur répression. Cependant, certains espéraient une couverture complète de la période allant de 1999 à 2026, englobant les présidences de feu Hugo Chavez (1999-2013) et de Nicolas Maduro (2013-2026). Gonzalo Himiob, directeur de Foro Penal, critique cette limitation : « Rien que cela, en soi, est excluant et ignore le fait que la persécution a été continue pendant ces 27 ans ».

Alors que le pouvoir évoquait initialement la participation à des « faits violents », l'opposition a réussi à modifier le texte pour inclure la participation à des « manifestations et faits violents ». La loi prévoit également que les exilés pourront mandater des représentants devant la justice et stipule que « après le dépôt de la demande d'amnistie, la personne ne pourra pas être privée de liberté pour les faits prévus par la présente loi ».

Des zones d'ombre persistantes et des critiques acerbes

La loi exclut explicitement les personnes ayant commis des « violations graves des droits de l'homme, crimes contre l'humanité, homicides, trafic de drogue ou infractions de corruption ». Elle écarte aussi ceux ayant « promu, instigué, sollicité, invoqué, favorisé, facilité, financé ou participé » à des « actions armées » contre le Venezuela. Cette clause pourrait priver de l'amnistie de nombreux membres de l'opposition, dont Maria Corina Machado, qui ont soutenu l'intervention américaine du 3 janvier.

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Jackeline Sandoval, avocate spécialisée dans les cas politiques, explique : « Il y aura une commission qui évaluera certains cas. Au final, ce seront les tribunaux qui décideront. Par conséquent, aucun policier ni militaire ne sortira de prison dans l'immédiat ». Cette précision est cruciale, car des dizaines de militaires et de policiers accusés de complot sont actuellement détenus.

Ali Daniels, directeur de l'ONG Acceso a la Justicia, résume sévèrement la situation : « Le bilan de la loi est négatif », pointant de « graves déficiences structurelles ». Diego Casanova, du Comité pour la Liberté des prisonniers politiques (Clippve), adopte un ton plus nuancé : « C'est une occasion en or et nous continuons à appeler à un nouveau moment politique de paix et de coexistence ».

Des perspectives politiques et économiques en toile de fond

Le président de l'Assemblée nationale a souligné : « On apprend aussi de la douleur, et à partir de ces douleurs nous entamons un processus dans lequel nous devons persévérer ». Delcy Rodriguez, qui a cédé à Washington le contrôle du secteur pétrolier et initié une normalisation des relations bilatérales rompues en 2019, a également promis une réforme judiciaire. Cette annonce fait suite à l'approbation d'une nouvelle loi sur les hydrocarbures ouvrant le secteur aux investissements privés, marquant une évolution significative dans la politique économique du pays.

En définitive, cette loi d'amnistie, bien que symbolique, reste entachée par des exclusions substantielles et des incertitudes procédurales. Elle reflète les pressions internationales et les tensions internes au Venezuela, où la quête de justice et de réconciliation demeure un chemin semé d'embûches.