Un couple d'hommes français a déposé une plainte contre une agence de voyage après avoir été victime d'une agression homophobe en Tanzanie, un pays où l'homosexualité est criminalisée. Selon leur avocat, Me Étienne Deshoulières, l'agence n'a pas informé les clients des risques encourus, malgré une obligation légale de conseil.
Les faits : un voyage qui tourne au cauchemar
En juillet 2025, les deux hommes, âgés de 35 et 40 ans, réservent un séjour de deux semaines en Tanzanie via une agence en ligne spécialisée dans les voyages sur mesure. Le forfait inclut un safari dans le parc national du Serengeti et des vacances à Zanzibar. Dès leur arrivée à l'aéroport de Kilimandjaro, ils sont pris à partie par des agents de sécurité qui les interrogent sur leur relation. Le couple est ensuite suivi et harcelé tout au long de leur séjour.
Le point culminant de l'agression survient lors d'une excursion organisée : un guide local les insulte, les frappe et les menace de les dénoncer à la police. Les deux hommes parviennent à s'enfuir et à contacter l'ambassade de France, qui les aide à quitter le pays précipitamment. Ils écourtent leur voyage de cinq jours et rentrent en France traumatisés.
L'obligation d'information de l'agence
La plainte, déposée le 12 juillet 2026 auprès du tribunal judiciaire de Paris, vise l'agence pour « manquement à l'obligation d'information et de conseil » et « préjudice moral ». L'avocat du couple souligne que l'agence connaissait l'orientation sexuelle de ses clients, car ils avaient mentionné leur statut de couple lors de la réservation. Or, la Tanzanie punit l'homosexualité de peines allant jusqu'à 30 ans de prison, selon la législation locale.
« L'agence aurait dû les alerter sur les risques spécifiques encourus par les personnes LGBT+ en Tanzanie, comme elle le fait pour d'autres destinations dangereuses », déclare Me Deshoulières. Il cite l'article L.211-16 du code du tourisme, qui impose aux agences de fournir des informations sur les conditions de sécurité et de santé publique.
La réaction de l'agence et les précédents
Contactée par Le Monde, l'agence mise en cause affirme « ne pas avoir eu connaissance de l'orientation sexuelle des clients » et se dit « profondément désolée » de ce qui s'est passé. Elle précise que ses fiches d'information générales mentionnent les risques liés à la criminalité et aux coutumes locales, mais sans spécifier la situation des personnes LGBT+.
Ce n'est pas la première fois qu'une agence de voyage est poursuivie pour défaut d'information. En 2022, un couple de même sexe avait obtenu 15 000 euros de dommages et intérêts après avoir été agressé en Égypte, où l'homosexualité est également réprimée. La justice avait alors reconnu la responsabilité de l'agence pour ne pas avoir averti ses clients.
Les conséquences juridiques et sociétales
L'affaire relance le débat sur la responsabilité des voyagistes face aux discriminations. Selon une étude de l'Association internationale des transports aériens (IATA), 73 % des voyageurs LGBT+ déclarent avoir déjà adapté leur comportement en vacances par crainte de représailles. En France, le code du tourisme impose une obligation de conseil, mais son application reste floue pour les risques liés à l'orientation sexuelle.
Le couple réclame 30 000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice subi. L'audience est fixée au 15 septembre 2026. En attendant, l'agence a retiré la Tanzanie de sa liste de destinations recommandées et a ajouté une mention spécifique sur les droits LGBT+ dans ses fiches informatives.



