Dans une tribune publiée par Le Monde, Patrice Spinosi, avocat au Conseil d'État et au barreau de Paris, alerte sur les menaces qui pèsent sur la liberté de création dans les démocraties contemporaines. Selon lui, cette liberté fondamentale est devenue l'un des principaux terrains d'une offensive illibérale qui gagne du terrain.
Une offensive contre la création artistique
Spinosi observe que la liberté de création, garantie par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, est de plus en plus contestée. Il cite des exemples récents de censure ou d'autocensure dans le domaine artistique, notamment au cinéma, au théâtre et dans la littérature. L'avocat souligne que ces attaques viennent à la fois de mouvements conservateurs et de certaines mouvances progressistes, créant une convergence inédite.
Il mentionne le cas de la pièce de théâtre « Les Suppliantes » d'Eschyle, dont une représentation a été annulée en 2023 à la Sorbonne après des protestations d'étudiants, ou encore les débats autour de la réédition de certains romans jugés « problématiques ». Selon Spinosi, ces phénomènes illustrent une tendance à restreindre la liberté d'expression sous prétexte de protéger des sensibilités.
Un danger pour la démocratie
Pour l'avocat, la liberté de création n'est pas un luxe, mais une condition essentielle du débat démocratique. Il affirme : « En démocratie, la liberté de création est l'un des premiers terrains de l'offensive illibérale. » Il rappelle que les régimes autoritaires commencent souvent par contrôler l'art et la culture pour réduire les espaces de contestation.
Spinosi appelle à une vigilance accrue des citoyens et des institutions. Il estime que les artistes et les intellectuels doivent résister à ces pressions, et que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer pour protéger la création contre les censures, qu'elles soient étatiques ou sociétales.
Des pistes pour agir
L'avocat propose plusieurs pistes pour renforcer la protection de la liberté de création. Il suggère notamment de clarifier le cadre juridique pour éviter les interprétations restrictives, et de promouvoir l'éducation artistique et culturelle pour favoriser l'ouverture d'esprit. Il insiste sur l'importance de maintenir un dialogue entre les différentes sensibilités, sans céder à la polarisation.
En conclusion, Patrice Spinosi lance un avertissement : laisser s'éroder la liberté de création, c'est fragiliser l'ensemble des libertés publiques. Il invite chacun à défendre cet espace de liberté indispensable à la vitalité démocratique.



