Soumission chimique : une injonction à la disponibilité sexuelle des femmes
Soumission chimique : injonction à la disponibilité sexuelle

Dans une tribune publiée par Le Monde, la philosophe et féministe Camille Froidevaux-Metterie analyse le phénomène de soumission chimique comme une manifestation extrême de l'injonction patriarcale à la disponibilité sexuelle des femmes. Selon elle, cette pratique, qui consiste à administrer des substances psychoactives à l'insu d'une personne dans le but de la soumettre sexuellement, ne relève pas d'une déviance individuelle mais d'un système de domination structurel.

Une violence inscrite dans le patriarcat

Froidevaux-Metterie souligne que la soumission chimique s'inscrit dans un continuum de violences qui visent à contrôler le corps des femmes. Elle rappelle que, selon une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en 2022, 81 % des femmes déclarent avoir déjà subi des situations d'emprise ou de contrainte sexuelle. La soumission chimique en est une forme particulièrement insidieuse car elle prive la victime de toute capacité de consentement.

La philosophe établit un parallèle avec d'autres pratiques comme le « date rape » ou l'usage de drogues facilitant l'agression sexuelle, qui sont autant de manifestations d'une même logique : celle de considérer le corps féminin comme intrinsèquement accessible. Elle cite le cas emblématique de l'affaire dite de la « soumission chimique » à l'encontre de plusieurs jeunes femmes dans des soirées étudiantes, où les auteurs utilisaient le GHB, une drogue connue pour ses effets sédatifs et amnésiants.

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Une responsabilité sociétale

Pour Camille Froidevaux-Metterie, il est essentiel de ne pas réduire ces actes à des déviances individuelles mais de les replacer dans un contexte culturel plus large. Elle affirme : « La soumission chimique est une forme paroxystique de l'injonction à la disponibilité sexuelle des femmes qui structure notre société. » Elle appelle à une prise de conscience collective et à des mesures pénales plus sévères, tout en insistant sur la nécessité d'une éducation à l'égalité et au respect du consentement.

La tribune intervient alors que plusieurs affaires récentes ont mis en lumière l'ampleur du phénomène. Selon une étude de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 5 % des jeunes femmes de 18 à 25 ans déclarent avoir été victimes d'une soumission chimique au cours des deux dernières années. Un chiffre qui pourrait être sous-estimé en raison de la difficulté à détecter ces agressions.

Vers une reconnaissance juridique

Froidevaux-Metterie plaide pour une meilleure reconnaissance juridique de la soumission chimique, qui est souvent difficile à prouver en raison de l'absence de traces ou de la mémoire altérée des victimes. Elle salue les avancées législatives récentes, comme la loi du 3 août 2021 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, qui a introduit une circonstance aggravante pour l'administration de substances à des fins d'agression. Cependant, elle estime que la loi doit encore évoluer pour mieux protéger les victimes et sanctionner les auteurs.

La philosophe conclut en appelant à une mobilisation de toute la société : « Nous devons déconstruire l'idée que le corps des femmes est disponible, que leur consentement est optionnel. C'est un combat qui nous concerne tous et toutes. »

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