Sénégal : une répression accrue contre l'homosexualité
Au Sénégal, pays d'Afrique de l'Ouest majoritairement musulman, la situation des personnes LGBT+ s'est considérablement dégradée depuis le début du mois de février 2026. Le gouvernement a engagé une vague de répression sans précédent, marquée par des arrestations en série et un projet de loi visant à durcir significativement les sanctions pénales.
Un climat de terreur et des arrestations quotidiennes
Depuis février 2026, les forces de l'ordre procèdent à des interpellations quasi quotidiennes sur la base de dénonciations et de fouilles de téléphones portables. Selon les médias locaux, au moins une trentaine de personnes ont été arrêtées en un mois, dont deux célébrités locales. Les noms des personnes interpellées sont systématiquement divulgués publiquement, alimentant un climat de stigmatisation et de peur.
Les accusations portées contre ces individus sont multiples, allant d'« actes contre nature » – terme juridique désignant les relations homosexuelles – à des accusations de transmission volontaire du sida. Cette médiatisation excessive a contraint le Conseil de régulation de l'éthique des médias sénégalais (Cored) à publier un rappel à l'ordre concernant le respect de la dignité humaine et de la vie privée.
Un défenseur des droits humains, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a déclaré à l'AFP : « Même au Sénégal, c'est du jamais vu. Ce qu'ils sont en train de faire, c'est du lynchage public. Les personnes se cachent, elles se terrent beaucoup plus qu'avant. » Le traumatisme vécu par la communauté LGBT+ est profond, poussant de nombreux membres à envisager l'exil.
Le projet de loi controversé du Premier ministre Ousmane Sonko
Dans ce contexte tendu, le gouvernement sénégalais a adopté un projet de loi porté par le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce texte vise à doubler les peines de prison pour homosexualité, les faisant passer de cinq à dix ans d'emprisonnement. Ousmane Sonko a déclaré : « Tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe constitue un acte contre nature. »
Le projet de loi introduit plusieurs nouveautés inquiétantes :
- L'inscription explicite de l'homosexualité dans le Code pénal sénégalais
- Des peines de trois à sept ans de prison pour « apologie » de l'homosexualité
- Des sanctions contre les dénonciations « sans preuve » de personnes présumées homosexuelles
Cette dernière disposition intervient alors que les réseaux sociaux sont inondés de messages homophobes et d'appels à la délation, créant un environnement numérique particulièrement hostile.
L'influence des associations religieuses et l'exil forcé
Les associations religieuses, très influentes au Sénégal, jouent un rôle majeur dans cette escalade répressive. Elles organisent régulièrement des manifestations pour demander le durcissement des peines et la « criminalisation » totale de l'homosexualité. Cette pression sociale et religieuse contribue à normaliser les discours et les actes homophobes.
Les violences physiques se multiplient également, avec des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des agressions contre des personnes soupçonnées d'être homosexuelles. Le climat est devenu insupportable pour la communauté LGBT+, confrontée à des discriminations systémiques, des menaces et des expulsions familiales.
Face à cette situation, de nombreuses personnes LGBT+ cherchent à quitter le pays. L'association STOP Homophobie affirme avoir reçu 18 demandes d'aide à l'exil en quelques jours seulement. Un défenseur des droits humains témoigne : « On continue d'aider des personnes à aller vers la Gambie. La situation est dramatique. » Depuis 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ne considère plus le Sénégal comme un pays sûr pour les personnes en raison de leur orientation sexuelle.
Cette crise des droits humains au Sénégal illustre la montée des discours réactionnaires et la fragilisation des protections fondamentales dans un contexte politique et social polarisé.



