Sénégal : l'Assemblée durcit la répression de l'homosexualité avec des peines doublées
Sénégal : peines doublées pour homosexualité après vote parlementaire

Le Sénégal durcit considérablement sa législation contre l'homosexualité

À Dakar, le vote parlementaire de mercredi n'a laissé place à aucun suspense. Après plusieurs heures de débats souvent virulents, les députés sénégalais ont adopté une loi qui durcit significativement la répression des relations homosexuelles. Le texte, qui modifie l'article 319 du code pénal, double les peines de prison désormais comprises entre cinq et dix ans, contre un à cinq ans auparavant.

Un vote massif en faveur du durcissement

La loi a été adoptée par 135 voix pour, sans aucun vote contre et seulement trois abstentions. Le projet législatif prévoit également une augmentation substantielle des amendes financières, désormais fixées entre 2 et 10 millions de francs CFA, contre 100 000 à 1,5 million précédemment. Pour entrer en vigueur, le texte doit encore être promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye.

Si cette promulgation intervient, le Sénégal deviendra l'un des pays africains les plus répressifs envers les personnes LGBT+, rejoignant une tendance régionale où plus de la moitié des nations du continent pénalisent toujours l'homosexualité.

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Un contexte social déjà tendu

L'adoption de cette législation intervient dans un climat particulièrement tendu au Sénégal. Depuis plusieurs semaines, les médias locaux rapportent une série d'arrestations visant des hommes accusés d'« actes contre nature », l'expression utilisée par le code pénal pour désigner les relations entre personnes du même sexe.

Le débat s'est intensifié début février après l'interpellation d'un groupe d'hommes soupçonnés d'appartenir à un réseau pédocriminel. Depuis cette affaire, plusieurs dizaines d'autres arrestations ont été signalées, certaines étant associées à des accusations de transmission volontaire du VIH, alimentant une vive controverse dans l'opinion publique.

Des déclarations incendiaires dans l'hémicycle

Les discussions parlementaires ont été marquées par des propos particulièrement durs. « Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays », a lancé la députée Diaraye Bâ depuis la tribune, sous les applaudissements d'une partie des parlementaires.

Le ministre de l'Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, qui représentait le gouvernement lors des débats, a pour sa part salué « une belle loi », estimant qu'elle répond aux attentes d'une large partie de la population sénégalaise.

Une bataille culturelle et politique

Dans ce pays majoritairement musulman, l'homosexualité est largement rejetée dans l'opinion publique et régulièrement dénoncée par les puissantes associations religieuses, notamment Jamra et And Samm Jikko Yi. Ces organisations réclament depuis plusieurs années un durcissement de la législation au nom de la défense des « valeurs sénégalaises » face à ce qu'elles décrivent comme une influence occidentale.

Le camp du Premier ministre Ousmane Sonko, arrivé au pouvoir en 2024 sur un discours souverainiste, a fait de ce thème un marqueur politique important. « C'est le premier projet de loi que je porte moi-même », avait déclaré le chef du gouvernement devant les députés en février lors de la présentation de la réforme.

Le paradoxe historique d'une loi coloniale

La rhétorique de défense des traditions africaines s'accompagne d'un paradoxe historique souvent relevé par les chercheurs. L'article 319 du code pénal, aujourd'hui invoqué pour lutter contre les « mœurs occidentales », est lui-même issu du droit pénal introduit pendant la période coloniale.

Avant cette codification juridique, plusieurs travaux d'anthropologie décrivent l'existence de formes de tolérance envers certaines identités de genre ou pratiques sexuelles dans les sociétés ouest-africaines. Au Sénégal, les goor-jigeen (littéralement « hommes-femmes » en wolof) désignaient des hommes adoptant des rôles sociaux féminins, parfois intégrés à la vie communautaire.

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Dans plusieurs régions d'Afrique, des historiens rappellent également que les relations entre personnes du même sexe existaient avant la colonisation. Ce sont surtout les administrations européennes qui ont introduit des lois sanctionnant les « actes contre nature », dispositions ensuite conservées dans de nombreux codes pénaux après les indépendances.

Des critiques au sein de l'opposition

Cette dynamique législative ne convainc pas tous les parlementaires. Certains députés de l'opposition reprochent au gouvernement de ne pas être allé au bout de ses promesses électorales, tandis que d'autres dénoncent un débat instrumentalisé.

Le député Thierno Alassane Sall a ainsi refusé de voter le texte, déclarant à la majorité : « Vous menez une politique basée sur le mensonge. Cette loi est une tromperie », accusant le gouvernement de détourner l'attention des difficultés économiques du pays.

Une tendance régionale préoccupante

Le Sénégal n'est pas un cas isolé sur le continent africain. Plus de la moitié des pays africains, soit 32 selon les chiffres officiels, pénalisent toujours l'homosexualité. Les sanctions varient considérablement d'un État à l'autre :

  • La peine de mort est prévue par la loi en Ouganda, en Mauritanie ou dans certaines régions de Somalie
  • D'autres pays comme le Kenya ou la Tanzanie prévoient des peines pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité
  • De nombreux États maintiennent des législations héritées de l'époque coloniale

Pour les organisations de défense des droits humains, la nouvelle loi sénégalaise risque d'accentuer un climat déjà hostile aux personnes LGBT+. Elles redoutent particulièrement que la répression judiciaire n'encourage les dénonciations et les violences contre des individus simplement soupçonnés d'homosexualité, créant un environnement encore plus dangereux pour ces communautés déjà marginalisées.