Le Sénégal durcit considérablement sa législation contre l'homosexualité
L'Assemblée nationale sénégalaise a adopté, mercredi, une loi controversée qui renforce sévèrement la répression des relations homosexuelles. Ce texte double les peines encourues, les portant désormais de cinq à dix ans d'emprisonnement. Cette décision intervient dans un contexte marqué par une vague d'homophobie et une série d'arrestations pour homosexualité présumée à travers le pays.
Des peines alourdies et de nouvelles infractions
La nouvelle législation prévoit que la peine maximale de dix ans sera appliquée si l'acte est commis avec un mineur. Elle introduit également des sanctions pénales contre la promotion, le soutien ou le financement de l'homosexualité, de la bisexualité et de la transsexualité sur le territoire sénégalais. La loi doit maintenant être promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye, une étape qui ferait du Sénégal l'un des pays les plus répressifs d'Afrique à l'encontre des personnes LGBT+.
Un climat de tension et des arrestations en série
Le Sénégal, nation majoritairement musulmane, est secoué depuis plusieurs semaines par des débats houleux sur l'homosexualité, un sujet récurrent ces dernières années. La tension a considérablement monté après l'arrestation, début février, de douze hommes, dont deux célébrités locales, accusés d'« actes contre nature », une expression désignant les relations entre personnes de même sexe. Depuis cet événement, la presse rapporte quotidiennement de nouvelles arrestations, concernant plusieurs dizaines d'individus. Certains sont notamment accusés d'avoir volontairement transmis le sida, alimentant ainsi des polémiques virulentes et des discours stigmatisants.
Une réaction ferme du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a exprimé jeudi sa profonde préoccupation face à l'adoption de cette loi. Il a dénoncé une mesure qui « bafoue les droits humains sacro-saints dont nous jouissons tous », citant notamment :
- Le droit au respect et à la dignité
- Le droit à la vie privée
- Le droit à l'égalité
- Les libertés d'expression, d'association et de réunion pacifique
Volker Türk a rappelé que ces droits sont inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans les traités internationaux auxquels le Sénégal est partie. Il a lancé un appel pressant : « J'exhorte le président à ne pas promulguer cette loi néfaste et les autorités à abroger la loi discriminatoire existante. » Cette position souligne les tensions entre les législations nationales et les engagements internationaux en matière de protection des droits fondamentaux.



