Les pro-life américains en colère contre Trump, jugé trop tiède sur l'avortement
L'agacement est manifeste. Les représentants des mouvements anti-avortement aux États-Unis en espéraient davantage de Donald Trump, qui s'était déclaré comme le "président le plus pro-life de l'Histoire", selon une hyperbole dont il aime user. De fait, c'est bien le milliardaire qui, lors de son premier mandat, a nommé à la Cour suprême les trois juges qui ont œuvré à considérablement restreindre le droit à l'avortement, en 2022, en laissant aux États la possibilité de l'interdire ou non, mettant fin à plus de cinquante ans d'autorisation au niveau fédéral. Mais cela n'a pas empêché le nombre d'avortements d'augmenter dans le pays, et les pro-life estiment que l'administration en est pour partie responsable, car elle se serait arrêtée au milieu du gué.
"Trump est le problème", a ainsi déclaré Marjorie Dannenfelser, l'influente présidente de Susan B. Anthony Pro-Life America, au Wall Street Journal. "Le président Trump pense que la cause pro-vie est vouée à l'échec", a renchéri de son côté Marc Wheat, conseiller juridique en chef d'Advancing American Freedom. Les pro-life se rappellent qu'avant de se lancer en politique, Donald Trump affichait des positions pro-avortement, également défendues par sa femme Melania en 2024.
Une décision de la Cour suprême attendue
Le principal objet de leur courroux tient à la pilule abortive mifépristone, qu'il est possible de se faire prescrire par téléconsultation puis de se faire envoyer par voie postale, y compris pour une femme vivant dans un État où l'avortement est interdit. Un quart des interruptions volontaires de grossesse aux États-Unis se font désormais au moyen de cette pilule. L'État de Louisiane a porté la chose devant la justice, contestant la légalité de ces envois, et une cour d'appel fédérale lui a donné raison vendredi. Mais la Cour suprême a suspendu cet arrêt lundi 4 mai, et ce jusqu'au 11, en attendant de se prononcer sur le fond. Sa décision sera fondamentale.
Les pro-life reprochent également à la Food and Drug Administration (FDA) de tarder à rendre sa nouvelle évaluation du mifépristone, dont ils espèrent qu'elle débouchera sur une impossibilité de sa prescription par téléconsultation. Ils ont notamment pris en grippe son président, le Dr Marty Makary, d'autant que ce dernier a approuvé à l'automne dernier une version générique de la pilule abortive. Le groupe anti-avortement SBA Pro-Life America a réclamé son licenciement.
Une équation électorale insoluble
Déjà, les menaces se font jour, à six mois des midterms. Même si le coût de la vie et l'inflation devraient être les éléments déterminants du vote, la question de l'avortement pourrait jouer un rôle non négligeable. Les organisations pro-life menacent le Grand Old Party de le priver de voix décisives. "Il s'agit d'une crise majeure pour le mouvement pro-vie et pour le parti républicain, qui ne peut pas gagner sans sa base", a déclaré Marjorie Dannenfelser dans un communiqué.
Son organisation s'apprête à consacrer 160 millions de dollars aux midterms et aux primaires présidentielles de 2028. Pour bénéficier de son soutien, les candidats républicains devront s'engager, selon M. Dannenfelser, "en faveur d'une action pro-vie au niveau national" – et non plus simplement au niveau des États. Mais afficher des positions trop radicales sur cette question n'est pas sans risque : selon un sondage réalisé à la fin de l'année dernière, environ deux tiers des Américains se disent opposés à une interdiction nationale de la mifépristone. Et selon un autre sondage, la même proportion estime que l'avortement devrait être légal dans tous les cas ou dans la plupart des cas. Se réconcilier avec les pro-life revient donc à s'aliéner une partie des électeurs, notamment les indépendants, dans une équation potentiellement insoluble.



