Paris : une plaque pour les victimes de la dictature argentine face à la Maison de l'Argentine
Plaque pour victimes dictature argentine à Paris face Maison Argentine

Une cérémonie chargée de symboles pour le 50e anniversaire du coup d'État

Ce mardi marquait le cinquantenaire du coup d'État militaire en Argentine, une date sombre de l'histoire du pays. À cette occasion, Blandine Sorbe, déléguée générale de la Fondation nationale Cité internationale universitaire de Paris, a officiellement dévoilé une plaque commémorative en hommage aux victimes de la dictature. Cette plaque a été soigneusement installée sur la façade du bâtiment principal, faisant directement face à la Maison de l'Argentine, créant ainsi un puissant contraste visuel et symbolique.

Un geste de mémoire, pas de provocation

Dans son discours empreint d'émotion, Blandine Sorbe a tenu à clarifier la nature de cette initiative. Il ne s'agit absolument pas d'un « geste de provocation » ni d'un « geste militant », a-t-elle insisté, mais plutôt d'un « geste de reconnaissance et de commémoration » pur et nécessaire. Cette précision prend tout son sens lorsqu'on sait qu'une plaque identique avait été retirée de l'intérieur de la Maison de l'Argentine le 10 février dernier, sur ordre de son directeur, Santiago Muzio.

Le directeur de la Maison de l'Argentine, connu pour sa proximité avec le président argentin Javier Milei, était invité à la cérémonie comme tous les directeurs des maisons. Pourtant, il a choisi de ne pas se présenter. Peut-être a-t-il assisté discrètement à l'événement depuis ses fenêtres, situées à quelques mètres seulement ? S'il l'a fait, il a pu observer des dizaines de personnes, majoritairement de nationalité ou d'origine argentine, rendre hommage aux 30 000 victimes et disparus de la dictature militaire.

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Mémoire, vérité, justice : les trois piliers du discours

Blandine Sorbe a structuré son intervention autour de trois concepts fondamentaux : la mémoire, la vérité et la justice. Concernant la mémoire, elle a souligné son importance cruciale pour « éviter de reproduire les erreurs, et à l'échelle collective, les crimes » du passé. Sur la vérité, elle a rappelé la mission essentielle des étudiants et chercheurs de la Cité universitaire : « Rechercher la vérité, ce n'est pas ce qui nous est révélé ou qui nous tombe entre les mains par un dogme, c'est une notion scientifique qui a des règles. » Enfin, concernant la justice, elle a insisté sur le fait qu'il s'agit d'une institution régie par des règles, où toute infraction doit entraîner la nécessité d'« en répondre à la collectivité ou d'être sanctionné ».

Une pression politique dénoncée par la communauté

Cette installation représente également un nouveau signal adressé au directeur de la Maison de l'Argentine, qui refuse toujours de signer la charte de la Cité internationale universitaire. Selon Blandine Sorbe, interrogée par 20 Minutes, ce refus crée une pression politique et personnelle insoutenable sur les résidents. La situation est devenue si préoccupante que la Cité universitaire travaille activement à leur trouver des places alternatives. Sergio Delgado, professeur à l'université Paris Est-Créteil et initiateur de la pétition pour le retour de la plaque commémorative, qualifie même cette situation de « forme d'asile » pour les résidents concernés.

Lors de la cérémonie, José Eduardo Wesfreid, membre de l'Assemblée citoyenne des Argentins de France et directeur de recherche au CNRS, a prononcé un discours virulent devant la nouvelle plaque. Il a dénoncé avec force « la vague d'obscurantisme qui recouvre désormais la Maison de l'Argentine devenue un lieu de formation de l'extrême droite française et européenne ». Cette accusation fait référence aux activités de Santiago Muzio, qui, depuis sa nomination, organise régulièrement des rassemblements avec des figures et organisations d'extrême droite au sein de l'établissement.

Cette inauguration, au-delà du simple geste commémoratif, révèle ainsi les tensions profondes qui traversent la communauté universitaire internationale à Paris, entre devoir de mémoire et pressions politiques contemporaines.

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