De nouvelles preuves techniques viennent confirmer que le Maroc a utilisé le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group, pour surveiller illégalement des journalistes, des militants des droits humains et des opposants politiques. Selon un rapport conjoint publié par Amnesty International et le groupe de recherche Citizen Lab, des analyses approfondies des téléphones de plusieurs cibles ont révélé des traces indiscutables de l'infection par Pegasus entre 2019 et 2021.
Des preuves techniques accablantes
Les experts ont examiné plus de 30 appareils, dont ceux de journalistes marocains et de défenseurs des droits humains. Ils ont découvert que les infections ont été réalisées via des messages SMS piégés ou des liens malveillants, exploitant des failles de sécurité dans les systèmes d'exploitation iOS et Android. Le rapport indique que 28 des 30 téléphones analysés contenaient des preuves irréfutables de la présence de Pegasus.
Parmi les cibles figurent notamment le journaliste Omar Radi, le militant des droits humains Maâti Monjib et le journaliste Hicham Mansouri. Ces personnes avaient déjà signalé des tentatives d'intrusion dans leurs appareils, mais les nouvelles preuves confirment l'implication directe des autorités marocaines. Selon le rapport, les infections ont été effectuées à partir de serveurs contrôlés par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le principal service de renseignement marocain.
Un scandale qui prend de l'ampleur
Cette révélation intervient alors que le Maroc avait nié toute utilisation de Pegasus après les premières allégations en 2021. Le gouvernement marocain avait alors qualifié ces accusations de « fausses et infondées ». Cependant, les nouvelles preuves techniques, notamment des logs de connexion et des adresses IP, établissent un lien direct entre les infections et l'infrastructure de la DGST.
« Nous avons trouvé des preuves solides que le Maroc a utilisé Pegasus pour cibler des journalistes et des militants, ce qui constitue une violation flagrante des droits humains », a déclaré Donncha Ó Cearbhaill, chercheur principal chez Citizen Lab. Il a ajouté que « ces données ne laissent aucun doute sur l'implication de l'État marocain ».
Réactions et conséquences
Les organisations de défense des droits humains ont immédiatement réagi, appelant la communauté internationale à prendre des mesures contre le Maroc. « Le Maroc doit être tenu responsable de ces actes illégaux. Nous demandons une enquête indépendante et des sanctions », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
De son côté, le gouvernement marocain n'a pas encore commenté ces nouvelles preuves. Toutefois, cette affaire risque de ternir davantage l'image du royaume sur la scène internationale, déjà critiqué pour son bilan en matière de droits humains. L'Union européenne et les États-Unis, qui ont déjà imposé des restrictions sur les exportations de technologies de surveillance, pourraient renforcer leurs contrôles.
Impact sur l'industrie de la surveillance
Ce scandale relance également le débat sur la régulation des logiciels espions. NSO Group, qui a déjà été placé sur la liste noire du département du Commerce américain, continue de nier toute responsabilité dans les abus. Cependant, les preuves accumulées montrent que ses outils sont régulièrement utilisés par des régimes autoritaires pour réprimer la dissidence.
Selon les experts, la prolifération de ces technologies représente une menace croissante pour la liberté de la presse et les droits numériques. « Il est urgent de mettre en place un cadre juridique international pour encadrer l'utilisation de ces logiciels », a souligné Ó Cearbhaill.



