Une comédienne égyptienne menacée après avoir dénoncé son harceleur en ligne
Menaces de mort après dénonciation de harcèlement en Égypte

Une comédienne égyptienne menacée après avoir dénoncé son harceleur en ligne

Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort particulièrement violentes. Cette situation reflète avec acuité les réalités d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent fréquemment à l'hostilité collective plutôt qu'à la solidarité.

La vidéo devenue virale du bus du Caire

La comédienne, âgée d'une vingtaine d'années, avait diffusé lundi une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire. Son objectif était clair : dénoncer un homme qu'elle accuse de l'avoir traquée et harcelée à plusieurs reprises près de son lieu de travail. « Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus et s'est permis des propos déplacés », avait expliqué Mariam Shawky sur son compte TikTok, ce qui lui a valu le surnom médiatique de « la fille du bus ».

Elle avait initialement espéré bénéficier du soutien des passagers présents dans le véhicule, mais la réalité s'est avérée bien différente. « Les gens se sont rangés de son côté », a-t-elle constaté avec amertume. Les images devenues virales montrent des hommes au fond du bus la toiser avec indifférence tandis qu'elle interpelle son harceleur.

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L'hostilité collective face à la victime

Dans la séquence, l'homme harcèleur affiche un sourire en coin tout en traitant Mariam Shawky de « poubelle ». Il raille sa tenue vestimentaire en demandant avec mépris : « C'est quoi ces vêtements que tu portes ? » Avant de s'approcher dangereusement et d'esquisser un geste violent. Malgré les cris de la jeune femme, personne n'intervient pour la protéger.

Plus troublant encore, un passager tenant un chapelet à la main lui ordonne de s'asseoir et de se taire, tandis qu'un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir, semblant ainsi le réconforter plutôt que de soutenir la victime. Cette réaction collective illustre les profondes difficultés auxquelles se confrontent les femmes égyptiennes lorsqu'elles osent dénoncer publiquement le harcèlement.

Une avalanche de menaces en ligne

La viralité des images a engendré bien plus que quelques mots de soutien. Une avalanche de commentaires vindicatifs et menaçants a submergé les réseaux sociaux, certains étant même encouragés par des personnalités publiques. Le chanteur Hassan Shakosh a déclaré sans ambages : « Elle porte un piercing, c'est évident ce qu'elle cherche ».

Les menaces de mort se sont multipliées de manière alarmante. « Je serai le premier à te tuer », promet un internaute avec une violence glaçante. Un autre ajoute avec cynisme : « Si on t'éliminait, personne ne te pleurerait ». Ces réactions extrêmes démontrent l'ampleur des résistances sociales face aux dénonciations de harcèlement.

Une réponse judiciaire mitigée

Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, le ministère de l'Intérieur égyptien a annoncé que « l'individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé ». Cependant, confronté aux faits, il « a nié avoir commis l'infraction ou avoir rencontré auparavant la victime ».

Selon la presse locale, l'homme a été relâché sous caution de 1 000 livres égyptiennes, soit environ 17 euros, avant d'être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds. Cette séquence judiciaire soulève des questions sur l'efficacité réelle des mécanismes de protection des victimes.

Un problème sociétal persistant

Cette affaire a ravivé une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années. Une étude des Nations Unies datant de 2013 révélait déjà des chiffres alarmants : 99,3 % des Égyptiennes déclaraient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, et plus de 80 % affirmaient être régulièrement importunées dans les transports en commun.

En 2014, une loi punissant spécifiquement le harcèlement de rue a été adoptée, marquant une avancée législative significative. Pourtant, près d'une décennie plus tard, les changements concrets restent peu visibles dans le quotidien des femmes. L'application de cette loi demeure opaque, et les autorités n'ont jamais communiqué de chiffres précis concernant les condamnations prononcées.

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Le cas de Mariam Shawky met ainsi en lumière le fossé persistant entre les avancées législatives et la réalité sociale. Malgré l'existence d'un cadre juridique, les victimes continuent de faire face à une double violence : celle du harcèlement initial et celle de la stigmatisation sociale lorsqu'elles osent briser le silence.