Les coiffeuses et esthéticiennes du salon de beauté afro situé au 65, boulevard de Strasbourg, dans le Xe arrondissement de Paris, ont obtenu une victoire décisive. En grève depuis le 3 mars dernier, elles ont annoncé ce mardi 19 mai la levée de leur mouvement après avoir reçu leurs titres de séjour en tant que victimes potentielles de traite d'êtres humains.
Une lutte de 78 jours
Les treize employées du salon avaient cessé le travail le 3 mars pour dénoncer des conditions de travail indignes. Selon la CGT, elles n'avaient perçu aucun salaire depuis le mois d'octobre. Elles dénonçaient également des journées de travail à rallonge, l'absence de congés payés et des salaires inférieurs au SMIC. Bintou, une esthéticienne de 22 ans, confiait au début du mouvement : « Je n'ai jamais eu de jours de congé en quatre ans. »
Une décision de la préfecture
Dans un communiqué, la CGT s'est réjouie de cette « bataille décisive » remportée par les salariées. La préfecture de police de Paris a accepté de leur délivrer des titres de séjour en tant que victimes potentielles de traite d'êtres humains. Le syndicat a annoncé la levée de l'occupation du salon et de la grève ce jour. Une des coiffeuses concernées a déclaré : « On est en train de déménager (de lever le piquet de grève) ! »
Prochaines étapes judiciaires
Adèle Tellez, de la CGT Paris, a expliqué au Parisien que les employées étaient payées en dessous des minimas conventionnels, effectuaient de nombreuses heures supplémentaires non rémunérées et n'avaient jamais de congés payés ou de maternité. « La prochaine étape est de faire condamner l'employeur pour traite d'êtres humains », a-t-elle ajouté. L'entreprise étant en cours de liquidation, la syndicaliste a affirmé : « On ira chercher tout l'argent qu'ils leur doivent devant les tribunaux. »
Un problème plus large
Adèle Tellez a également souligné que cette lutte a mis en lumière une situation qui dépasse ce seul salon : « En passant deux mois et demi sur ce boulevard de Strasbourg, on a vu que des travailleurs et des travailleuses surexploités, et parfois victimes de traite, il y en a certainement beaucoup et dans de nombreux établissements. » Elle espère désormais pouvoir échanger avec la mairie et la préfecture sur ce sujet.



