Le 25 juin 2026, un nouveau rapport parlementaire dresse un constat accablant : plus de trente ans après l'interdiction du chlordécone aux Antilles, le processus de réparation des victimes de cet insecticide toxique reste désespérément lent. Selon ce document, seulement 15% des dossiers déposés ont abouti à une indemnisation, soit environ 1 200 personnes sur les 8 000 ayant déposé une demande.
Une lenteur administrative qui exaspère
Le député de Guadeloupe, Olivier Serva, co-auteur du rapport, dénonce une « lenteur administrative insupportable ». Il souligne que « les victimes, souvent atteintes de cancers ou de maladies chroniques, n'ont pas le temps d'attendre des années pour une réparation qui, pour beaucoup, arrive trop tard ». Le rapport pointe du doigt la complexité des procédures et le manque de moyens alloués aux commissions d'indemnisation.
Le chlordécone, utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993, a contaminé les sols, l'eau et les chaînes alimentaires, exposant des milliers de personnes. Une étude de Santé publique France, citée dans le rapport, estime que près de 90% de la population adulte de Guadeloupe et Martinique présente des traces de chlordécone dans le sang.
Des préjudices reconnus mais pas réparés
En 2021, la loi a reconnu le préjudice d'imprégnation, une première étape. Mais concrètement, les victimes doivent fournir des preuves médicales complexes et souvent coûteuses pour établir le lien entre leur maladie et l'exposition. L'association de défense des victimes, « Chlordécone : Justice pour nos vies », déplore que « la charge de la preuve repose sur les épaules des malades, alors que l'État a la responsabilité de cette pollution massive ».
Le rapport préconise une simplification des démarches, avec la mise en place d'une présomption de causalité pour certaines pathologies reconnues comme liées au chlordécone. Il recommande également d'augmenter le budget alloué aux indemnisations, actuellement de 10 millions d'euros par an, jugé insuffisant face à l'ampleur des besoins.
Un scandale sanitaire et environnemental
Au-delà des indemnisations individuelles, le rapport insiste sur la nécessité d'un plan de dépollution des sols et de l'eau. Selon les estimations, le coût total de la dépollution pourrait atteindre 100 millions d'euros sur vingt ans. En attendant, les populations continuent de consommer des aliments contaminés, faute de terres saines disponibles.
La rapporteure, la députée de Martinique, Béatrice Bellay, appelle à une « mobilisation générale de l'État » pour accélérer le processus. Elle rappelle que « la réparation ne se limite pas à un chèque, mais doit inclure un accès aux soins, une veille sanitaire et une dépollution efficace ».
Un processus judiciaire parallèle
Parallèlement, plusieurs procédures judiciaires sont en cours. En 2023, une information judiciaire a été ouverte pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « administration de substance nuisible ». Les associations espèrent que ces actions en justice permettront de faire reconnaître la responsabilité de l'État et des entreprises ayant utilisé le produit.
Le rapport parlementaire devrait être débattu à l'Assemblée nationale en septembre prochain. Les députés entendent mettre la pression sur le gouvernement pour qu'il prenne des mesures concrètes. En attendant, les victimes continuent de manifester leur colère, comme lors du rassemblement du 22 juin à Fort-de-France, où plusieurs centaines de personnes ont défilé pour exiger justice.



