Rachid Benzine répond à Luc Ferry : le droit international n'est pas un privilège réservé aux nations respectables
Dans une tribune publiée le 12 mars 2026, le politologue et écrivain Rachid Benzine répond aux déclarations de l'ancien ministre Luc Ferry sur LCI. Ferry avait affirmé que le droit international est « formidable entre nations respectables » mais devient « une plaisanterie » face à des « voyous criminels ». Benzine, en convoquant le théoricien du droit Hans Kelsen, conteste cette vision, soulignant que le droit doit s'appliquer à tous, sans exception, pour éviter de devenir un simple outil de privilège.
La réponse de Benzine : une défense de l'universalité du droit
Rachid Benzine rappelle que Hans Kelsen, juriste juif exilé face au nazisme, a consacré sa vie à démontrer que le droit existe précisément pour encadrer ceux qui ne le respectent pas. Selon Kelsen, « si le droit ne s'applique qu'aux respectables, ce n'est pas du droit. C'est du privilège ». Benzine insiste sur la différence technique et juridique : le droit est une norme contraignante pour tous, tandis que le privilège favorise les puissants.
Il critique Ferry pour avoir confondu force et puissance. La force, comme les bombardements, détruit, tandis que la puissance, incarnée par le droit, construit des limites. En déclarant que le droit international est absurde avec des « voyous », Ferry choisit la force et renonce à la puissance, selon Benzine. Cela revient à dire que puisque l'autre ne respecte pas les règles, nous n'en avons plus, ce qui est l'inverse de la fonction du droit.
Des exemples concrets pour illustrer le débat
Benzine évoque plusieurs situations récentes pour étayer son argument. Il mentionne les frappes américano-israéliennes en Iran en février 2026, sans mandat de l'ONU, comme un exemple de force pure. Il cite aussi l'occupation de la Cisjordanie depuis 1967, avec des colonies illégales et des expulsions, ainsi que les raids israéliens au Liban en mars 2026 ayant causé des dizaines de morts.
À Gaza, malgré un cessez-le-feu signé en octobre 2025, la violence persiste, avec des attaques sur des civils et des blocages de l'aide humanitaire. Benzine rappelle que le droit international qualifie ces actes de crimes de guerre, nécessitant une application universelle, et non une sélection basée sur la respectabilité.
Les implications morales et juridiques
Benzine accuse Ferry de transformer le droit en récompense pour les « gentils », tandis que les « méchants » subissent la force. Il soulève la question cruciale : qui décide qu'un État est « respectable » ou « voyou » ? Cette subjectivité, selon lui, conduit à un « pseudo-droit » qui habille la force en justice et donne un vernis juridique au massacre.
En invoquant l'histoire de Kelsen, persécuté comme « non-respectable » sous le nazisme, Benzine met en garde contre les dangers de cette logique. Il rappelle que Kelsen a écrit « la Paix par le droit » en 1944, pendant l'extermination de ceux jugés indignes, affirmant que le droit doit contraindre tous les États, surtout les plus puissants.
Conclusion : le droit comme contrainte universelle
Benzine conclut en affirmant que le droit ne se mérite pas, mais existe pour contraindre ceux qui ne le respectent pas. Quand un intellectuel comme Ferry détruit cette idée, il donne une permission morale au massacre, selon Benzine. Le train vers Pau, où il doit enseigner, symbolise la nécessité de transmettre ces principes aux nouvelles générations.
Cette tribune souligne l'importance de maintenir le droit international comme un système de contraintes pour limiter la violence, même dans les conflits les plus âpres, et non comme un privilège réservé à quelques-uns.



