Antisionisme : la haine dévoilée à la Biennale de Venise
Antisionisme : la haine dévoilée à Venise

La scène se déroule à Venise, mais elle aurait pu avoir lieu à Paris, New York ou Londres. Des manifestants se tiennent devant le pavillon israélien de la Biennale de Venise pour donner du sens à leur vie en braillant « Free, free Palestine ». Soudain, un homme d’une soixantaine d’années tend la main à l’un des manifestants, en lui disant qu’il veut faire la paix. « Avec qui ? », interroge le militant. « Avec Israël », lui répond le premier, tout en lui serrant la main. Furieux, le manifestant recule, en éructant que les Israéliens seraient « des animaux » et des « meurtriers » et que, pour ces raisons, il refuse de lui serrer la main. L’homme ironise en lui faisant remarquer qu’il vient juste de le faire. Ne mesurant ni le grotesque de sa propre réaction ni l’humanité du geste de son interlocuteur, le manifestant se met à le traiter de diable, d’assassin, puis à crier « Fuck Israel ». Alors que des passants prient l’Israélien de partir – comme s’il était responsable de l’incident –, des agents de sécurité l’invitent à se réfugier à l’intérieur du pavillon. Pendant ce temps, la meute accélère la cadence des « Free, free Palestine ». Ivre de haine, le manifestant célèbre sa « victoire » en brandissant un drapeau palestinien, debout sur un banc, au milieu de ses camarades, dont le projet est de « libérer la Palestine » en criant « Fuck Israel » dans les rues de Venise.

L’homme quitte les lieux. Dans les commentaires et les articles parus depuis, on apprendra qu’Eyal Waldman – c’est son nom – a toujours été un partisan de la paix et un artisan du dialogue israélo-palestinien. Il fait partie de ces entrepreneurs qui ont formé et embauché des ingénieurs palestiniens. Ou qui ont financé des projets à destination des Gazaouis, comme la construction d’un service d’oncologie dans un hôpital à Gaza. Après que sa fille Danielle a été assassinée, le 7 octobre 2023, par les terroristes du Hamas pendant le festival Supernova, Eyal a continué de militer pour la paix et pour une solution à deux États. Voilà, s’il fallait chercher une seule raison pour défendre l’existence même d’Israël – en dehors du droit des peuples à l’autodétermination –, ce serait d’offrir à Eyal un refuge face à la bêtise et à la haine de ce genre de crétin violent à qui il souhaitait simplement serrer la main. Mais voilà aussi pourquoi, parmi les nombreux obstacles à la paix – au premier rang desquels le messianisme, l’islamisme et les rancœurs accumulées –, l’antisionisme est certainement le plus rédhibitoire d’entre eux.

Pourtant, ce qui étonne aujourd’hui, c’est que l’antisionisme – qui, depuis 1948, ne peut conduire qu’à l’éradication d’Israël et à la négation du droit du peuple juif à l’autodétermination – ne rencontre que très peu de résistance dans le monde intellectuel et universitaire. Ainsi, après s’être développé en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas – un décolonialisme – l’antisionisme s’exprime aujourd’hui à ciel ouvert, sous sa forme la plus antisémite, la plus guerrière et la plus éradicatrice. On le retrouve sous des slogans exterminateurs, comme les appels à mener la lutte armée, à globaliser l’Intifada ou encore à libérer la Palestine « from the river to the sea ». Et tout le monde fait semblant de ne pas voir. De grands intellectuels dans les universités du monde entier – y compris en Israël – se piquent maintenant d’« antisionisme radical », tandis que des étudiants ignares et des militants d’extrême gauche occidentaux ânonnent les slogans concoctés par le Hamas. Refuser de le dénoncer ne fera qu’entretenir le projet éradicateur de ceux qui veulent globaliser l’Intifada jusque dans les rues de Paris, New York, Londres ou Venise. Mercredi dernier, Eyal en a été la victime. Reste à savoir combien de personnes dans le monde considéreront qu’il est préférable de globaliser la paix plutôt que l’Intifada.

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