Le 15 août 2021, Kaboul tombe aux mains des talibans. Ce jour-là, des millions d'Afghanes voient leur vie basculer. Cinq ans plus tard, elles racontent leur peur, leur colère et leur résistance. « Notre voisine hurlait : “Les talibans reviennent !” Nous étions pétrifiées », se souvient une femme de 32 ans, ancienne fonctionnaire, qui a demandé à garder l'anonymat. Ce témoignage, recueilli par Le Monde, illustre le traumatisme vécu par des générations de femmes soudainement privées de leurs droits les plus fondamentaux.
Un quotidien rythmé par la peur et la répression
Depuis le retour des talibans, les restrictions se sont multipliées. Les femmes sont exclues des écoles secondaires et des universités, interdites de travailler dans de nombreux secteurs, et doivent se couvrir intégralement en public. « Nous sommes devenues le pire ennemi de notre propre nation », déplore une jeune femme de 24 ans, ancienne étudiante en droit. Les témoignages recueillis par le journal font état de perquisitions, d'arrestations arbitraires et de violences physiques. Une femme médecin, âgée de 45 ans, raconte avoir été battue pour avoir soigné une patiente sans autorisation masculine.
Une résistance silencieuse mais tenace
Malgré la répression, des femmes continuent de se battre, souvent dans l'ombre. Des cours clandestins se tiennent dans les maisons, des réseaux de solidarité se sont organisés pour distribuer de la nourriture et des médicaments. « Nous avons appris à survivre sans eux », confie une enseignante de 38 ans, qui organise des ateliers de couture pour financer l'éducation de ses filles. Ces initiatives, bien que risquées, montrent une détermination inébranlable. Selon un rapport de l'ONU cité par Le Monde, 80 % des femmes afghanes souffrent de dépression ou d'anxiété, un chiffre alarmant qui reflète l'ampleur de la crise.
Un avenir incertain, une communauté meurtrie
Cinq ans après, l'exil est devenu une réalité pour beaucoup. Des milliers de femmes ont fui le pays, souvent seules, laissant derrière elles leur famille et leur histoire. « Je n'ai plus de nouvelles de ma mère depuis deux ans », témoigne une réfugiée de 29 ans, installée en France. Pour celles qui restent, l'espoir est mince, mais la volonté de témoigner demeure. « Nous voulons que le monde sache ce qui se passe ici », insiste une militante de 27 ans, qui a choisi de rester pour documenter les violations des droits humains. Leur combat, bien que méconnu, est essentiel pour l'avenir de l'Afghanistan.



