Des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi 4 juillet à Paris et dans quelque 80 villes en France, à l'appel d'associations féministes et de défense des enfants, pour réclamer une réponse globale après l'affaire Lyhanna. Cette collégienne de 11 ans a été violée et tuée, relançant les critiques sur les moyens de la justice et le traitement des plaintes pour violences sexuelles.
Une mobilisation massive pour une loi-cadre
La coalition féministe et enfantiste, forte de 160 organisations, défend une loi « à 360 degrés » allant de la prévention au traitement judiciaire, en passant par l'accompagnement des victimes. Elle s'appuie sur une proposition de loi de 78 mesures déposée fin 2025. Selon Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, « on ne peut pas se contenter de cette justice sous-dotée en moyens et qui protège les agresseurs plutôt que les victimes. Avec 94 % de classements sans suite des plaintes pour viol, il y a de nombreux agresseurs qui sont signalés à la justice et ne sont pas inquiétés ».
Dans le cortège parisien, parti de la place de la Bastille vers Nation, les manifestants scandaient « La vérité sort de la bouche des enfants », « 160 000 enfants que faites-vous ? » et « Darmanin, des moyens ! ». L'écrivaine Virginie Grimaldi, venue de Bordeaux, a déploré auprès de l'AFP que « le gouvernement a fait passer les failles de l'enquête pour des dysfonctionnements alors que c'est comme ça que la justice fonctionne en France ».
Des violences à traiter de manière systémique
Les organisateurs entendaient s'appuyer sur l'émotion suscitée par le drame pour obtenir l'adoption d'un texte luttant « à 360 degrés » contre ces violences, incluant prévention, traitement judiciaire et accompagnement des victimes, notamment les plus vulnérables. Cette « loi-cadre intégrale » est réclamée depuis fin 2024. Des manifestations étaient annoncées dans environ 80 villes, comme Agen, Dijon ou Toulouse. À Rennes, 200 à 300 personnes se sont rassemblées, dont François Rouillard, 43 ans et père de deux filles, qui souhaite « un peu plus d'éducation au niveau de l'école » et plus largement « parler du rapport hommes-femmes, du respect ».
Dans son appel, la coalition demande de « reconnaître le caractère systémique » des violences sexuelles « dans une société patriarcale » et une loi « globale » plutôt que des « mesures et des lois parcellaires, dictées par l'urgence d'affaires successives ».
Une coalition en croissance et une pétition massive
Cette coalition de 160 organisations, dont la CGT, des associations de défense des migrants, de personnes handicapées ou LGBTQ+, a vu une trentaine de nouveaux membres la rejoindre récemment, comme la FCPE (parents d'élèves) et le collectif SOS-Périscolaire. Plus de 340 000 personnes ont signé une pétition en ligne pour cette loi. La proposition de loi de 78 mesures, déposée fin 2025 par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, est cosignée par une centaine de députés principalement de gauche (hors LFI) et de la coalition gouvernementale.
Le gouvernement promet une loi à l'automne, les associations restent vigilantes
Dans le sillage du drame, le gouvernement a annoncé des mesures de lutte contre la pédocriminalité, dont certaines inspirées des associations. Une partie a été intégrée au projet de loi sur la protection des enfants, examiné à l'Assemblée nationale le 15 juillet, et d'autres ajoutées au texte sur la justice criminelle. La ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a indiqué mercredi que le gouvernement recevrait les parlementaires mi-juillet pour « arbitrer » les mesures d'une future loi intégrale, dont l'examen est promis à l'automne. Malgré ces annonces, les associations maintiennent leur mobilisation, craignant un texte réduit, et réclament l'ensemble du dispositif avec un budget d'environ 3 milliards d'euros par an.



