Affaire Al-Fayed : une victime témoigne de son calvaire à Paris
Affaire Al-Fayed : une victime témoigne de son calvaire

Une expertise psychologique clé dans l'enquête Al-Fayed

« Il y a mon histoire, mais je connais une trentaine de femmes victimes. À chaque fois qu’une femme me raconte son histoire, la douleur se multiplie. Toutes ces histoires vivent en moi. » C’est par ces mots que Pelham Spong, une Américaine de 42 ans, décrit le poids des témoignages recueillis. Elle a récemment été expertisée en France par une psychologue dans le cadre de l’enquête parisienne visant Mohamed Al-Fayed, l’ancien propriétaire du Ritz, soupçonné notamment de traite de femmes. « L’expertise est une étape clé pour mesurer le retentissement des faits sur les victimes », souligne son avocate, Anne-Claire Le Jeune.

Une affaire qui a traversé les décennies

Mohamed Al-Fayed, homme d’affaires égyptien longtemps installé à Londres, est décédé à 94 ans en 2023, sans jamais avoir été inquiété malgré des plaintes auprès de la police britannique. Ses agissements présumés auraient duré plus de 35 ans. L’affaire a été relancée en septembre 2024 par une enquête journalistique de la BBC. Mi-février 2026, la police londonienne indiquait avoir recueilli les témoignages de 154 victimes. Cependant, son travail reste critiqué par des plaignantes, qui lui reprochent de minimiser les faits.

L’espoir placé dans la justice française

Face à ces critiques, plusieurs femmes ont décidé de placer leurs espoirs dans la justice française. Le parquet de Paris est le premier à avoir, à l’été 2025, ouvert une enquête pour traite d’êtres humains. L’objectif est de faire la lumière sur ce réseau présumé, qui se serait aussi étendu en France, et de rechercher d’éventuels complices.

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Le récit de Pelham Spong

Dans sa plainte déposée à Paris, Pelham Spong raconte qu’en août 2008, dans la capitale française, une recruteuse lui a proposé un travail d’assistante de direction chez Al-Fayed, propriétaire de l’hôtel 5 étoiles Le Ritz et de Harrods, le temple du luxe londonien. Elle accuse la direction de l’établissement d’avoir été « au courant de l’utilisation de l’hôtel comme base » pour « interroger et sélectionner » des femmes, ensuite « envoyées au Royaume-Uni, et ailleurs dans le monde, pour être agressées sexuellement ».

« Tout mon cœur a fait : "Oh fuck !" »

Elle indique avoir passé « une semaine d’orientation professionnelle » à Londres. Elle dénonce alors un examen médical avec des actes gynécologiques et affirme qu’Al-Fayed l’a reçue dans son bureau à 22h30 pour lui signifier que son futur poste inclurait « des relations sexuelles avec lui ». « Tout mon cœur a fait : "Oh fuck !" Mais j’ai ri », confie-t-elle, voulant croire à « une blague ». « Je suis sérieux. Vous allez faire l’amour avec moi », aurait-il insisté. « Je lui ai répondu que je ne pouvais pas faire ça. Il a commencé à être plus agressif. » Elle affirme qu’Al-Fayed l’a alors embrassée de force.

Une analyse a posteriori

A posteriori, Pelham Spong analyse « l’organisation et la facilitation de (son) arrivée à Londres depuis Paris » comme « une traite vers le Royaume-Uni à des fins d’exploitation sexuelle ». Sollicité fin février, le Ritz s’était dit « profondément attristé par les témoignages » et affirmait vouloir « coopérer pleinement ». De son côté, Harrods a mis en place au Royaume-Uni un processus d’indemnisation.

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