Un dialogue direct entre le président ukrainien et la jeunesse française
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a consacré une heure ce mercredi à un échange en visioconférence avec des étudiants français, retransmis dans plusieurs universités de l'Hexagone. Cet événement, organisé par l'ambassade d'Ukraine en France, a rassemblé des étudiants de prestigieuses institutions comme l'École polytechnique, Sciences Po et La Sorbonne.
L'ouverture par le directeur de Sciences Po
Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po, a introduit la séance en soulignant la solidarité active des universités françaises, notamment à travers l'accueil d'étudiants ukrainiens. Il a également exprimé la profonde sidération provoquée par ce conflit qui secoue l'Europe.
Le discours poignant de Zelensky
Depuis Kiev, Volodymyr Zelensky a remercié les participants avant de rappeler que nous étions alors au 77e jour de la guerre déclenchée par la Russie. Faisant référence à Mai 1968 et son célèbre "Il est interdit d'interdire", il s'est adressé directement à la jeunesse pour évoquer la nécessité fondamentale de la sécurité.
Le président ukrainien s'est interrogé avec gravité : "Comment un homme ou un groupe d'hommes peut provoquer une guerre et anéantir la sécurité ?" Il a décrit les conséquences dramatiques du conflit dans son pays, évoquant avec émotion la transformation de Marioupol, autrefois ville magnifique, aujourd'hui réduite à un champ de ruines.
Des questions qui dérangent
Volodymyr Zelensky a abordé sans détour des sujets difficiles, interrogeant les étudiants sur l'Otan, l'Union européenne, mais surtout sur les atrocités commises. "Pourquoi les soldats russes ont pris du plaisir à torturer les Ukrainiens ? Comment pouvez-vous l'expliquer ?" a-t-il demandé, détaillant des actes d'une violence extrême : viols de femmes et d'enfants, décapitations, mutilations.
Il a établi un parallèle troublant avec les atrocités nazies, s'interrogeant sur l'échec du devoir de mémoire à préserver la sécurité. Le président a également soulevé la question de la justice internationale et de son application concrète.
Les interrogations des étudiants
L'échange s'est poursuivi avec les questions des étudiants français :
- Victor Mâach (Polytechnique) a demandé comment Zelensky envisageait la fin de la guerre. Réponse : "Pour l'Ukraine, la guerre se terminera quand la paix sera revenue, quand notre territoire sera restauré."
- Caroline Weill (INSP) a interrogé sur les millions de réfugiés. Zelensky a préféré parler de personnes déplacées temporairement qui retourneront en Ukraine, remerciant la France pour son accueil.
- Mathieu Dallison (Sorbonne) a questionné sur l'adhésion à l'Otan. Le président a répondu que la Russie faisait pression mais que beaucoup de pays, comme la Finlande et la Suède, souhaitaient rejoindre l'alliance.
Des réponses qui marquent
D'autres étudiants ont poursuivi les interrogations :
- Ana Karen Aguëro Rojo (Sciences Po) a demandé comment établir une paix durable. Zelensky a insisté sur la nécessité d'un document juridique signé par une large coalition.
- Zoriana Haniak (Inalco), étudiante ukrainienne, a cherché comment aider depuis la France. Le président a encouragé le soutien politique et l'excellence académique.
- Sasha Ouardes (Sorbonne) a interrogé sur les menaces nucléaires russes. Réponse : "Il faut avoir des sanctions face à ces menaces."
La dimension humaine du conflit
Elodie Papin (Sciences Po) a questionné Zelensky sur son vécu quotidien de la guerre. Le président a répondu avec émotion : "Je veux terminer cette guerre par une victoire car cette victoire c'est d'abord la liberté de l'Ukraine."
Giovanna Martins-Vial, étudiante en droit humanitaire, a demandé comment rendre compte de la souffrance ukrainienne. Zelensky a reconnu la difficulté : "Je ne sais pas si on peut se rendre compte si on ne le vit pas."
Un message final pour la jeunesse
En conclusion, Gaspard (Sorbonne) a demandé comment aider concrètement. Le président a souligné l'engagement de la jeunesse ukrainienne sur le front et l'importance de l'énergie juvénile : "La jeunesse possède cette énergie. Et c'est important pour vaincre."
Cet échange d'une rare intensité a permis une rencontre directe entre le chef d'État ukrainien et la future élite française, créant un pont de compréhension face à la tragédie qui se joue en Europe.



