La Turquie a émis vendredi 21 août un mandat d'arrêt international contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et un autre citoyen israélien, dans le cadre d'une enquête sur l'interception en mai de la « Flottille pour Gaza ». Cette décision, annoncée par le ministre turc de la Justice Akin Gurlek, intervient après des frappes mardi contre une base aérienne en Syrie, imputées à Israël. Les deux pays ont échangé des invectives, marquant une nouvelle escalade dans leurs relations déjà tendues.
Mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité et génocide
Netanyahou et Afek Moskovitch, un officier israélien déployé à Gaza, sont poursuivis pour « crimes contre l'humanité, génocide, privation aggravée de liberté », « coups et blessures volontaires », « torture, destruction de biens, pillage aggravé et détournement de véhicules de transport », selon l'acte d'accusation cité par l'agence de presse turque IHA. L'enquête porte sur l'interception en mai de la « Flottille pour Gaza » et la détention des militants à bord.
Les militants de la « Global Sumud Flotilla » (« sumud » signifie « résilience » en arabe), partis de Turquie, voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de bombardements israéliens. Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot (sud) avant d'être expulsés.
Afek Moskovitch est accusé d'avoir « publié sur son compte Instagram des images montrant huit chars et un bulldozer détruisant l'hôpital et la faculté de médecine de l'Université islamique de Gaza située à proximité », précise l'acte d'accusation.
Frappes en Syrie et accusations croisées
Ce mandat d'arrêt intervient après des frappes mardi contre une base aérienne dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière turque, implicitement revendiquées par Netanyahou. La Syrie avait accusé Israël d'avoir frappé la base aérienne, fortement endommagée durant la guerre civile et restée hors service.
Soutenant qu'une délégation officielle turque s'était rendue sur la base, Israël a averti qu'il n'accepterait pas de déploiement de troupes turques en Syrie, y voyant une « menace ». La Turquie a démenti toute présence de ses troupes « avant ou pendant l'attaque ». Ankara a prévenu jeudi qu'il continuerait « résolument » de protéger l'intégrité et la souveraineté de la Syrie. En revanche, la présidence turque a tenu à préciser qu'elle n'envisageait pas de riposte et qu'Ankara ne tomberait pas « dans le piège » tendu par le Premier ministre israélien.
Le bureau de Netanyahou qualifie Erdogan de « dictateur antisémite »
Le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi vivement à l'annonce du mandat : « Israël n'est depuis longtemps guère impressionné par l'hypocrisie de la Turquie. Erdogan est un dictateur antisémite qui a massacré les Kurdes, soutenu le massacre de l'organisation terroriste du Hamas, et oppresse son propre peuple », peut-on lire dans un communiqué. « Israël continuera à agir avec fermeté contre les tentatives de la Turquie de déstabiliser la région », selon la même source.
Dans un autre communiqué publié vendredi, le bureau de Netanyahou a accusé le président turc de chercher « à étendre son agression contre Israël jusqu'en Syrie ». « Israël ne le tolérera pas », a indiqué le communiqué. En retour, la présidence turque a dénoncé dans la soirée « les tactiques politiques mesquines de [Benyamin] Netanyahou et de ses acolytes, qui visent à obtenir un avantage électoral », alors que des élections législatives sont prévues en octobre en Israël. « La tentative du gouvernement [israélien] Netanyahou de présenter la Turquie comme une nouvelle menace relève aussi de cette manœuvre politique », a ajouté la direction de la communication de la présidence sur X.
Un précédent en novembre 2025
En novembre 2025, la justice turque avait déjà émis des mandats d'arrêt pour « génocide » contre Benyamin Netanyahou et plusieurs responsables israéliens, dénonçant le « génocide et les crimes contre l'humanité perpétrés de manière systématique par l'Etat israélien à Gaza ». La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Erdogan, ce dernier dénonçant vivement l'offensive dévastatrice menée par Israël à Gaza, en réponse à l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023.



