L'administration Trump minimise le conflit en Iran, les experts restent sceptiques
Nouvel effet d'annonce de l'administration Trump. Alors que le sommet des ministres des affaires étrangères du G7 s'est tenu le 27 mars à l'abbaye des Vaux-de-Cernay dans les Yvelines, et que le conflit au Moyen-Orient s'enlise dangereusement, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a voulu afficher une confiance inébranlable.
Devant un parterre de journalistes attentifs, il s'est exprimé sur la guerre en Iran, soutenant avec force que ce n'était « pas un conflit qui allait se prolonger » et que les objectifs américains seraient atteints, à coup sûr, dans « les deux prochaines semaines », sans nécessairement déployer de « troupes au sol ». Une lecture de la situation pour le moins éloignée de celle des spécialistes de la région, qui jugent cet optimisme largement infondé.
Un calendrier optimiste loin de la réalité
Donald Trump et ses proches collaborateurs ont toujours assuré que les opérations états-uniennes en Iran dureraient entre quatre et sept semaines – la quatrième semaine touchant à sa fin – mais, sur le terrain comme dans les chancelleries internationales, peu d'éléments concrets viennent étayer ce calendrier optimiste.
Pour Denis Lacorne, politiste spécialiste des États-Unis joint par « Le Point », l'assurance affichée par l'administration Trump est loin d'être crédible : « Déjà, rien n'indique que de véritables négociations se tiennent. » Qui plus est, nombre des objectifs américains sont loin d'être atteints, notamment sur la question épineuse de l'uranium enrichi.
« Même si on peut imaginer que des forces spéciales pourraient intervenir pour récupérer les fûts d'uranium, l'extraction serait très compliquée et nécessiterait beaucoup de matériel, puisque ces fûts sont dans des sous-sols et recouverts de terre. En plus du matériel, il faudrait peut-être un aéroport qui n'existe pas et affréter des avions de transport… », explique Denis Lacorne, soulignant les défis logistiques immenses.
Le détroit d'Ormuz, un enjeu central
Autre enjeu central et particulièrement sensible : celui du détroit d'Ormuz. Denis Lacorne rappelle avec insistance que « nous n'avons aucune certitude des intentions des dirigeants iraniens, de leur volonté réelle de négocier », sachant qu'ils sont, sur la question stratégique du détroit, en position de force incontestable.
« Ils ont parfaitement compris qu'ils avaient une carte majeure à jouer avec le contrôle strict d'Ormuz… Et ils peuvent légitimement espérer l'arrivée de quelques troupes américaines sur le terrain – peut-être sur l'île de Kharg – qui serait une excellente opportunité de faire des blessés et des morts », donc de faire pression significative sur l'administration Trump. Et Denis Lacorne d'ajouter, avec une pointe d'ironie : « D'un point de vue iranien, il n'y a aucune raison de se presser. »
L'opinion publique américaine, un frein puissant
Reste la question, tout aussi délicate et complexe, de l'opinion publique américaine. Une grande partie de celle-ci s'oppose fortement et vocalement à l'intervention américaine, et la base électorale fidèle de Trump a toujours en tête sa promesse solennelle de mettre fin aux guerres lointaines et coûteuses.
« Une sortie de crise rapide serait perçue comme une capitulation humiliante. Or Trump ne veut absolument pas de capitulation », souligne Denis Lacorne – et, d'autant plus, dans un contexte tendu où douze soldats américains viennent d'être blessés sur le terrain.
Même son de cloche chez Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des États-Unis, également jointe par « Le Point » : « Ils veulent rassurer la population inquiète, lui dire “Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas l'Irak, on ne va pas rester dix ans sur place !” Trump n'a pas l'opinion avec lui, et la perspective redoutée de pertes américaines supplémentaires est un énorme frein psychologique à la poursuite des opérations, et à l'engagement de plus de troupes sur place. »
Un engagement qui n'engage personne
Pour Nicole Bacharan, aucun moyen fiable, donc, de savoir ce que le dirigeant de la première puissance mondiale décidera dans les prochains jours : « Lui-même ne le sait probablement pas ! C'est un engagement verbal qui, en fait, n'engage strictement personne. » D'après elle, le président américain peut tout aussi bien mettre fin abruptement aux opérations « et laisser la région dans un état particulièrement inquiétant, et faire comme à son habitude, c'est-à-dire crier victoire… Tout comme il peut simplement être en train d'acheter un moment d'apaisement aux marchés financiers, ou encore profiter subtilement de ces deux semaines pour rassembler discrètement des troupes au sol. »
Habitué des volte-faces spectaculaires et de n'obéir qu'à ses propres calendriers et volontés changeantes, Donald Trump est, bien qu'il ne l'admette jamais publiquement, en train de s'embourber profondément dans ce conflit : « Il s'est pris à son propre jeu dangereux : à ce stade critique, soit il quitte brutalement le terrain mais cela le desservira politiquement, soit il s'enferre irrémédiablement, il envoie plus de troupes, et le conflit dure des mois entiers. C'est le danger mortel de cet engrenage. »
Le spécialiste note avec amertume que, bien que « Marco Rubio soit le moins déraisonnable de ses proches, même s'il veut plaire à son patron, le problème fondamental est que l'entourage immédiat de Donald Trump ne peut pas le conseiller utilement, tant il est fait de gens extraordinairement ignorants du Moyen et du Proche-Orient. Ce sont des béni-oui-oui sans compétences ni connaissances sérieuses, contrairement à ceux qui étaient là sous les administrations Biden et Obama. »



