Touristes français pris au piège dans le Golfe pendant les frappes iraniennes
De retour des pays du Golfe, des touristes français ont vécu un week-end angoissant, réfugiés dans ce qu'ils décrivent comme un « paradis artificiel » à Abou Dhabi, avant de pouvoir enfin regagner Paris lundi, dès la réouverture de l'espace aérien. Leur escale imprévue s'est transformée en expérience troublante, entre le confort des hôtels de luxe et l'écho menaçant des frappes iraniennes.
Une illusion de sécurité dans une zone de danger
Viviane Mordelle, 48 ans, témoigne pour l'AFP à peine descendue de son vol Etihad à Roissy-Charles-de-Gaulle. « On vivait dans une sorte de paradis artificiel, avec musique, buffet à volonté, piscine, comme si rien ne se passait », raconte-t-elle. Hébergée au 16e étage d'une tour de 37 niveaux, elle ajoute : « On s'est senti dans une illusion de totale sécurité dans une zone de grand danger ».
Les frappes menées par l'Iran depuis samedi contre ses voisins du Golfe, en riposte aux raids israélo-américains, ont entraîné la fermeture de l'espace aérien. « On était bloqué depuis samedi 14H35 à l'aéroport, avant d'être pris en charge par des bus scolaires et hébergés dans ces hôtels de luxe », précise Mme Mordelle, qui ne faisait qu'une escale aux Émirats arabes unis après un séjour au Vietnam.
Le choc des réalités : missiles et alertes incessantes
Avec sa sœur Hélène, 50 ans, professeure de français, elles admettent « n'en mener pas large ». « On écoutait les infos, on suivait la guerre et on se disait qu'on était quand même un peu au milieu des tirs de missiles », explique Viviane Mordelle. Leur hôtel se situait à une dizaine de kilomètres de la base navale Al-Salam, qui accueille des forces françaises.
Hélène Mordelle décrit avoir vu « le nuage de fumée noire qui a couvert toute la ville » dimanche, lors d'une attaque de drones iraniens contre la base, provoquant un incendie sans faire de victime. « La circulation de la ville semblait très au ralenti, et très morte - mais on ne sait pas comment elle est habituellement », observe-t-elle.
Les deux sœurs ont été particulièrement marquées par les bruits ambiants : « les bruits des missiles iraniens interceptés et le son de toutes les alertes qui tombent en même temps sur tous les téléphones portables connectés au wifi de l'aéroport ».
D'autres témoignages : familles et enfants sous le choc
Aurélien, 43 ans, cadre bancaire, partage une expérience similaire. Son escale d'une heure à Abou Dhabi après un séjour en Thaïlande « s'est transformée en séjour de trois jours ». Il relate : « On a entendu beaucoup d'avions de chasse passer… Le bruit des interceptions de missiles iraniens, des débris… ».
Il ajoute un détail glaçant : « Mon hôtel a tremblé hier dimanche ». L'ambassade de France leur a demandé de « se tenir éloignés des vitres », une consigne qui a accru leur sentiment de vulnérabilité.
Les enfants n'ont pas été épargnés. Le fils de neuf ans d'Aurélien, arrivé à Paris en chaussettes-sandales, avoue timidement : « Ensuite, j'ai compris qu'il y avait une guerre ». Sa fille de 11 ans confie avoir été « très, très stressée ».
Un retour à Paris marqué par le soulagement et l'incompréhension
À l'arrivée à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, les touristes, tirant leurs valises et parfois leurs enfants par la main, s'étonnaient d'être attendus par les télévisions. Leur retour en France est teinté de soulagement, mais aussi d'une certaine incompréhension face à l'écart entre le discours rassurant du personnel hôtelier et la réalité des événements.
Viviane Mordelle résume : « Les personnels de l'hôtel de luxe nous disaient que c'était 'safe'. Mais on se disait qu'on était quand même un peu au milieu des tirs de missiles ». Cette expérience inattendue a laissé des traces, transformant une simple escale en un souvenir marquant de tensions géopolitiques vécues de trop près.



