Washington envisage d'armer les Kurdes contre l'Iran après l'assassinat de Khamenei
Alors que les bombardements sur la capitale iranienne, Téhéran, se poursuivent sans relâche ce samedi, une semaine après le lancement de l'offensive conjointe des États-Unis et d'Israël, l'administration américaine explore activement des solutions pour continuer à affaiblir le régime iranien. Cet effort fait suite à l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei, un événement qui a profondément secoué les structures du pouvoir en Iran.
Cherchant à éviter une intervention terrestre américaine directe, qui pourrait s'avérer extrêmement coûteuse en vies humaines et en ressources, le Pentagone étudierait la possibilité de s'appuyer sur des forces locales. Cette stratégie viserait à exploiter les divisions ethniques persistantes au sein de la société iranienne, notamment en mobilisant les communautés kurdes.
La CIA et les Kurdes d'Irak : une alliance stratégique ?
Cette semaine, la chaîne d'information CNN a rapporté, citant des sources anonymes, que la Central Intelligence Agency (CIA) s'efforcerait actuellement d'armer les Kurdes d'Irak. L'objectif déclaré serait de fomenter un soulèvement populaire en Iran, en coordination avec d'autres groupes d'opposition au régime. Bien que les autorités américaines n'aient pas confirmé publiquement cette information, il est révélateur que l'ancien président Donald Trump se soit entretenu cette semaine avec des responsables kurdes iraniens, selon les mêmes sources médiatiques.
Un de ces responsables a même dévoilé que ces forces d'opposition pourraient participer à une opération terrestre dans l'ouest de l'Iran dans les prochains jours. Parallèlement, plusieurs de ces groupes ont publié des communiqués appelant explicitement les forces armées iraniennes à la défection, signe d'une campagne psychologique en cours.
Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein du groupe de réflexion International Crisis Group, analyse la situation pour Le Figaro : "Au niveau tactique, l’objectif apparent semble être d’entraîner les forces terrestres du Corps des gardiens de la révolution dans des opérations anti-insurrectionnelles contre les groupes séparatistes. Cela les exposerait davantage à la puissance aérienne américaine et israélienne."
Réactions et risques sur le terrain
Samedi matin, les Gardiens de la Révolution ont annoncé avoir frappé "trois sites de groupes séparatistes dans la région irakienne du Kurdistan". Dans un communiqué relayé par l'agence Tasnim, ils ont averti : "Si des groupes séparatistes dans la zone entreprennent la moindre action contre l’intégrité territoriale de l’Iran, nous les écraserons." Les bombardements continus ont certes affaibli les infrastructures militaires iraniennes, mais un officier israélien cité par Axios tempère les espoirs : les factions kurdes iraniennes pourraient "ne pas être assez puissantes militairement" pour menacer sérieusement Téhéran.
Une stratégie américaine aux précédents contrastés
L'alliance avec des groupes locaux ou des communautés ethniques rivales constitue une stratégie de longue date des États-Unis pour servir leurs intérêts au Moyen-Orient. Raja Abdulrahim, correspondante du New York Times dans la région, rappelle un précédent marquant : "Après la guerre du Golfe de 1991, les Américains ont encouragé un soulèvement kurde en Irak, puis sont restés les bras croisés pendant que l'armée irakienne massacrait les forces kurdes."
L'histoire récente offre d'autres exemples :
- En 2001, l'Alliance du Nord, avec le soutien d'une coalition internationale, a pris le contrôle de l'Afghanistan.
- Lors de l'invasion de l'Irak en 2003, le Pentagone s'est appuyé sur les forces kurdes.
- En 2014, les Peshmerga kurdes ont joué un rôle crucial contre Daesh en Irak et Syrie, avant d'être largement abandonnés par Washington au profit de relations avec la Turquie et le nouvel État syrien.
Les Kurdes : une communauté complexe et divisée
Le peuple kurde, environ 40 millions de personnes réparties dans six pays, dont l'Iran, revendique depuis longtemps un État indépendant. En Iran, ils représentent 10 % de la population et ont souvent été à l'avant-garde des protestations, comme lors du soulèvement de 2022 après la mort de Mahsa Amini. Cependant, ils ne forment pas un bloc monolithique. Beaucoup sont bien intégrés à l'appareil politique iranien, et la communauté bénéficie du soutien de pays comme la Turquie ou l'Azerbaïdjan.
La prudence domine actuellement. Le gouvernement régional kurde d'Irak a affirmé sur les réseaux sociaux qu'il ne participerait à "aucune campagne visant à étendre la guerre et les tensions dans la région". Shanaz Ibrahim Ahmed, première dame d'Irak d'origine kurde, a renchéri : "Laissez les Kurdes tranquilles. Nous ne sommes pas des mercenaires."
Un avenir incertain pour la région
Trouver la bonne équation dans ce contexte géopolitique explosif s'annonce périlleux pour les États-Unis. Ali Vaez résume les enjeux : "Un Iran en proie à des troubles civils resterait probablement préoccupé par la stabilisation intérieure pendant des années, réduisant ainsi sa capacité à projeter sa puissance à l’étranger. Cela supprimerait potentiellement le dernier obstacle à la primauté régionale incontestée d’Israël." Washington pourrait donc se contenter d'un affaiblissement politique majeur de Téhéran, sans nécessairement imposer un changement de régime complet, consolidant ainsi la position hégémonique d'Israël au Moyen-Orient.



