Une société israélienne au cœur d'une affaire d'ingérence électorale en Slovénie
Une opération d'ingérence étrangère dans les élections législatives slovènes aurait été menée par une société privée israélienne. C'est la conclusion alarmante d'une enquête menée par des chercheurs, des journalistes d'investigation et des défenseurs des droits slovènes. Selon leurs révélations, l'entreprise de renseignement Black Cube, fondée par d'anciens membres des forces de défense israéliennes, aurait orchestré une campagne d'espionnage contre le parti démocrate du Premier ministre Robert Golob.
Une campagne de déstabilisation en pleine période électorale
Le but de cette opération serait de ternir l'image du gouvernement de gauche et de favoriser ainsi l'opposition conservatrice menée par Janez Jansa, un ancien Premier ministre pro-Trump connu pour ses positions favorables à la politique israélienne. Cette affaire éclate à un moment crucial, alors que la Slovénie s'apprête à tenir des élections législatives ce dimanche 22 mars, avec les deux principaux partis au coude à coude dans les sondages.
Le gouvernement de Robert Golob a affiché son soutien à Gaza durant la campagne, tandis que l'opposition populiste de droite adopte une ligne plus alignée sur les intérêts israéliens. Cette divergence géopolitique semble avoir servi de toile de fond à cette tentative d'ingérence.
Des vidéos piégées et des méthodes éprouvées
Tout a commencé avec la publication sur Internet, début mars, de vidéos montrant des personnalités slovènes proches de Robert Golob. On y voit un influent lobbyiste, un avocat et un ancien ministre, filmés à leur insu, discuter de corruption, de lobbying illégal et de détournement de fonds publics dans l'entourage du Premier ministre.
Si certains des faits évoqués pourraient être graves, il est rapidement apparu que ces personnes avaient été piégées par de prétendus investisseurs étrangers. Lors de rencontres informelles, ces agents les auraient poussées à se confier sur leurs liens avec Robert Golob. Black Cube n'en est pas à sa première opération de ce type, ayant déjà employé des méthodes similaires en Hongrie et en Roumanie par le passé.
Une enquête officielle et des réactions politiques
Face à ces révélations, Robert Golob a annoncé l'ouverture d'une enquête pour ingérence étrangère dans les élections. Le secrétaire d'État chargé de la sûreté, Vojko Volk, a confirmé que les services de renseignement slovènes avaient constaté la venue à Ljubljana de responsables de Black Cube à quatre reprises au cours des six derniers mois.
Du côté de l'opposition, Janez Jansa a reconnu avoir rencontré des responsables de l'entreprise, dont Giora Eiland, l'ancien chef du conseil de sécurité national d'Israël. Cependant, il nie fermement avoir commandité cette campagne, accusant plutôt la coalition au pouvoir d'"abus de pouvoir flagrant" pour couvrir une affaire de corruption.
Des implications pour la démocratie européenne
Le président français Emmanuel Macron a réagi jeudi à cette affaire, en marge du sommet européen à Bruxelles. Il a déclaré que Robert Golob avait été victime d'une ingérence manifeste, de désinformation et d'actions menées par des pays tiers. "Les Européens doivent se mobiliser pour protéger nos démocraties", a-t-il insisté, soulignant l'importance de cette affaire au-delà des frontières slovènes.
Cette situation met en lumière les vulnérabilités des processus démocratiques face aux ingérences étrangères, notamment à travers l'utilisation de sociétés privées de renseignement. Alors que le scrutin s'annonce serré, ces révélations pourraient influencer l'issue des élections et poser des questions fondamentales sur la souveraineté électorale en Europe.



