Moscou intensifie sa pression sur Telegram, Durov dénonce une "atteinte aux libertés"
Les autorités russes ont annoncé ce mardi de nouvelles restrictions visant l'application de messagerie Telegram, poursuivant ce que les observateurs qualifient de "stratégie d'étranglement de la circulation de l'information". Le fondateur Pavel Durov a immédiatement réagi, dénonçant une "atteinte à la liberté des citoyens" et accusant le Kremlin de vouloir forcer la migration vers sa messagerie locale Max.
Des accusations de violation de la loi russe
L'agence russe de surveillance des télécommunications, Roskomnadzor, justifie ces mesures en accusant Telegram de ne prendre "aucune mesure réelle" pour lutter contre "l'escroquerie et l'utilisation de la messagerie à des fins criminelles et terroristes". Dans un communiqué officiel, l'agence a déclaré qu'elle allait "continuer de mettre en place des restrictions progressives afin d'obtenir le respect de la loi russe et d'assurer la protection des citoyens".
Ces nouvelles limitations interviennent alors que WhatsApp, l'autre service de messagerie populaire en Russie, fait déjà l'objet de blocages quasi complets depuis janvier pour des motifs similaires. Le Kremlin reproche spécifiquement à ces plateformes de ne pas suffisamment empêcher leur utilisation "à des fins terroristes".
La promotion de Max, alternative contrôlée par l'État
Pavel Durov a vivement réagi à ces annonces, affirmant que "restreindre la liberté des citoyens n'est jamais la bonne solution". Il a ajouté : "Telegram défend la liberté d'expression et la vie privée, quelles que soient les pressions". Le fondateur a explicitement accusé la Russie de chercher à "forcer ses citoyens à migrer vers une application contrôlée par l'État, conçue pour la surveillance et la censure politique", faisant référence à Max.
Cette application, lancée par le géant russe des réseaux sociaux VK depuis 2025, se présente comme une super application donnant accès à des services administratifs et commerciaux. Les autorités russes insistent sur l'importance de réduire la dépendance aux plateformes étrangères qui stockent les données à l'extérieur du pays. Cependant, Max ne propose pas de chiffrement de bout en bout des conversations, une caractéristique qui inquiète les défenseurs des libertés fondamentales.
Un contexte de répression numérique croissante
Ces restrictions s'inscrivent dans une série de mesures répressives. L'été dernier, la Russie avait déjà interdit les appels vocaux sur Telegram et WhatsApp dans le cadre d'une campagne contre les réseaux sociaux détenus par des étrangers. Les autorités justifient ces actions par la fréquence des escroqueries via messageries et accusent Kiev de recruter des Russes via ces applications pour commettre des actes de sabotage.
Paradoxalement, Telegram reste le principal canal de diffusion de nombreuses chaînes de militants pro-Kremlin, dont le contenu russophone atteint également la population ukrainienne. Des unités militaires russes l'utilisent activement pour communiquer publiquement ou échanger dans des groupes privés.
Des réactions contrastées au sein des observateurs
Plusieurs comptes Telegram d'observateurs militaires russes ont exprimé leurs craintes mardi, redoutant que ces restrictions n'entraînent "une perte d'influence du récit pro-Kremlin sur la scène informationnelle mondiale". Le compte Dva Maïora, suivi par 1,2 million d'utilisateurs, a réagi en déclarant : "Le système d'information russe se replie de plus en plus sur lui-même et il est peu probable qu'il ait un quelconque impact à l'étranger".
Comme d'autres comptes influents, Dva Maïora a conseillé à ses abonnés de transférer leurs conversations vers Max, affirmant que "ce seront désormais nos experts du ministère des Affaires étrangères" qui "communiqueront au monde la position des gens" en Russie.
Un durcissement continu de la censure numérique
La Russie a multiplié ces dernières années les mesures restreignant la liberté d'expression sur internet, qui constituait l'un des derniers espaces où des voix critiques pouvaient s'exprimer librement. Fin juillet, le président Vladimir Poutine a promulgué une loi punissant les recherches de contenus classés "extrémistes" et interdisant la promotion des VPN, pourtant largement utilisés pour contourner la censure.
Depuis 2024, YouTube n'est accessible en Russie que via VPN, et depuis 2022, les réseaux sociaux Facebook et Instagram du groupe Meta, déclaré "extrémiste", sont complètement bloqués. L'ONG Reporters sans frontières a dénoncé la poursuite de la "stratégie d'étranglement de la circulation de l'information", rappelant que la Russie occupe la 171e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse. Amnesty International a quant à elle fustigé un "nouveau coup porté à la liberté d'expression".