Le Kremlin perd pied face à la disparition de ses alliés stratégiques
Cela commence à constituer une série préoccupante pour Vladimir Poutine. En moins de dix-huit mois, le président russe a vu s'évanouir plusieurs de ses partenaires étrangers les plus importants, sans que Moscou, englué dans son conflit ukrainien, ne puisse opposer une réponse significative. Bachar al-Assad, Nicolas Maduro et désormais Ali Khamenei : ces disparitions successives dessinent un tableau d'isolement croissant pour le Kremlin.
Une réaction russe limitée face à la mort de Khamenei
Alors que les frappes américaines et israéliennes se poursuivaient sur le sol iranien, Vladimir Poutine s'est contenté d'une lettre de condoléances pour saluer la mémoire du guide suprême, qualifié d'« homme d'État hors pair ». Aucune aide concrète n'a été annoncée officiellement par Moscou, qui s'est bornée à dénoncer un acte de « violation cynique » du droit international. Cette retenue contraste fortement avec la posture habituelle du dirigeant russe.
La situation place Vladimir Poutine dans une position délicate, comme l'analyse Alexandre Baounov du centre Carnegie. Depuis la réélection de Donald Trump, le président russe cherche en effet à ménager le turbulent milliardaire américain, espérant ainsi obtenir des concessions de Washington concernant le conflit ukrainien. La mort de Khamenei, potentiellement liée à l'administration Trump selon certains experts, complique considérablement cette stratégie.
Des pertes successives qui minent l'influence russe
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, n'a pas manqué de souligner cette vulnérabilité nouvelle. Pour lui, cet événement démontre que la Russie n'est plus un partenaire fiable, même pour ses alliés les plus proches, et qu'elle perd continuellement de l'influence à cause de sa « guerre insensée contre l'Ukraine ».
Début janvier, l'enlèvement spectaculaire de Nicolas Maduro par les États-Unis avait déjà marqué la disparition d'un autre partenaire précieux pour Moscou. « Deux fois en deux mois, Vladimir Poutine a échoué à accomplir son rôle de sauveur », constate amèrement Alexandre Baounov sur Telegram. Ces échecs successifs entament sérieusement le prestige international du Kremlin.
Des relations russo-iraniennes historiquement solides
Pourtant, Téhéran était resté l'un des plus fidèles soutiens de Moscou tout au long de l'offensive lancée contre l'Ukraine en 2022. Kiev et les capitales occidentales accusent même l'Iran d'avoir fourni à la Russie des armes et des technologies militaires cruciales, notamment les drones Shahed désormais produits massivement par Moscou. En 2025, les deux pays avaient renforcé leurs liens par un traité de partenariat stratégique incluant la coopération militaire.
Alexandre Baounov compare l'assassinat de Khamenei à celui de Mouammar Kadhafi en 2011, événement qui avait constitué un tournant décisif dans la politique étrangère russe et l'une des justifications avancées par Vladimir Poutine pour rompre avec l'Occident. La perte du guide iranien dans une région que Moscou considère comme son « hémisphère » revêt une signification particulière.
Conséquences incertaines pour l'avenir
Les répercussions exactes de ce décès pour la Russie restent difficiles à évaluer. Le député Anatoli Vasserman estime cependant que le conflit pourrait bénéficier à court terme à Moscou si il provoque une hausse significative des prix du pétrole. Sur le long terme, il pourrait en revanche poser de gros problèmes stratégiques aux États-Unis et à Israël si les nouvelles autorités iraniennes parviennent à résister et à maintenir une ligne anti-occidentale.
Cette accumulation de défis intervient alors que le Kremlin peine déjà à gérer les conséquences de sa guerre en Ukraine. L'incapacité de Vladimir Poutine à protéger ses alliés les plus proches questionne désormais ouvertement sa capacité à maintenir l'influence russe sur la scène internationale, marquant un tournant potentiel dans l'équilibre géopolitique mondial.



