Le rêve de Netanyahou qui s'effondre face à la réalité iranienne
C'était le scénario idéal dont rêvait Benyamin Netanyahou. Lorsqu'à la mi-janvier, le directeur du Mossad, David Barnea, s'est rendu à Washington pour présenter son plan concernant l'Iran à la Maison-Blanche, les responsables américains et israéliens les plus optimistes estimaient que l'élimination de hauts cadres iraniens – avec en premier lieu le Guide suprême Ali Khamenei, tué dès le 28 février –, combinée à des actions des services de renseignement, provoquerait rapidement un soulèvement populaire massif.
Une théorie israélienne erronée adoptée par Trump
Mais plus d'un mois après le début du conflit ouvert, et alors que Donald Trump tente désespérément d'arracher un accord au régime des mollahs, force est de constater que la révolte tant espérée n'a pas eu lieu. "Trump semble avoir adhéré à une théorie israélienne selon laquelle un choc militaire a des conséquences politiques en cascade. C'était une erreur d'analyse fondamentale", constate avec amertume Mohammad Zahid, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à Rasanah, un think tank basé en Arabie saoudite.
Convaincu de l'existence d'une fenêtre stratégique unique, le président américain s'est donc lancé dans une opération complexe où l'Amérique sert de démultiplicateur de puissance à l'aviation israélienne : le Pentagone vise principalement des cibles militaires stratégiques tandis qu'Israël privilégie une logique implacable de décapitation du pouvoir et de changement de régime par la force.
Un régime iranien qui résiste malgré les moyens colossaux
Malgré le déluge de feu déployé quotidiennement et les moyens financiers colossaux dépensés – près d'un milliard de dollars par jour pour la seule armée américaine –, le régime iranien n'est toujours pas brisé. "Donald Trump espérait secrètement un scénario similaire à celui du Venezuela, dans lequel l'Iran serait suffisamment fragilisé pour que des éléments internes au régime, plus favorables à la négociation, émergent rapidement et prennent le pouvoir", renchérit Paul Salem, chercheur éminent au Middle East Institute.
Or, pour l'instant, Téhéran maintient coûte que coûte sa position intransigeante, affirmant qu'elle ne négociera absolument rien avec Washington. Et les deux nouveaux piliers du régime – Mohamed Bagher Ghalibaf, président du Parlement, ainsi que le général Mohamed Bagher Zolghadr, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale – sont connus pour incarner la ligne dure des Gardiens de la révolution, rendant tout espoir de compromis rapidement improbable.
La stratégie initiale, qui paraissait si prometteuse sur le papier, se heurte donc à une réalité géopolitique bien plus complexe et à une résilience du régime iranien que peu d'analystes avaient anticipée avec une telle force.



