Kaboul frappée par le Pakistan : au moins 400 morts dans un hôpital pour toxicomanes
Pakistan frappe Kaboul : 400 morts dans un hôpital

Une frappe meurtrière plonge Kaboul dans le deuil

Dans un nouvel épisode particulièrement sanglant du conflit qui oppose les deux pays voisins depuis plusieurs mois, le Pakistan a frappé la capitale afghane, Kaboul, lundi soir. La cible : un hôpital pour toxicomanes, réduit en ruines par le bombardement. Selon les autorités afghanes, le bilan est catastrophique, avec au moins 400 morts et des centaines de blessés. Les secours s'activent désespérément mardi pour retrouver des survivants et des corps dans les décombres noircis par l'incendie qui a suivi l'attaque.

Un hôpital transformé en champ de ruines

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur afghan, Abdul Mateen Qani, a confirmé le lourd bilan lors d'un point presse sur place. « Il y a des centaines de morts et de blessés », a-t-il déclaré, ajoutant que « il est impossible d'identifier certains corps ». Des journalistes de l'AFP présents sur les lieux dans la nuit ont pu constater l'ampleur de la tragédie : au moins une trentaine de cadavres et des dizaines de blessés gisaient dans ce centre médical qui accueillait entre 2 000 et 3 000 toxicomanes, selon des sources médicales.

Le directeur en Afghanistan de l'ONG italienne Emergency, Dejan Panic, a indiqué que son hôpital à Kaboul avait reçu au moins trois corps et traitait 27 blessés. Il a averti que le bilan pourrait être plus lourd, car le centre touché hébergeait « de très nombreux patients » souffrant d'addiction. Dans les ruines, le toit d'un bâtiment est effondré, et des chaises, couvertures, morceaux de lits médicalisés ainsi que des restes humains sont visibles.

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Des familles en quête de réponses

Mardi matin, plus d'une centaine de personnes s'étaient massées devant l'hôpital détruit, cherchant désespérément des nouvelles de leurs proches. Habibullah Kabulbai, 55 ans, en larmes, confie : « Je suis ici depuis hier soir. Je cherche mon frère mais je ne peux pas le trouver. Que faire, je n'ai pas de mots ». Son jeune frère, Nawroz, avait été admis il y a cinq jours. « Nous sommes démunis, cela n'arrive pas qu'à moi mais à tout l'Afghanistan », ajoute-t-il, entouré d'autres familles en détresse.

Les opérations de recherche se poursuivent, selon une équipe de l'AFP sur place. Omid Stanikzai, un des gardiens du centre médical touché, a raconté : « J'ai entendu un avion de chasse voler au-dessus de nous. Des unités militaires à proximité ont tiré vers l'avion. Il a lâché des bombes et le feu s'est déclaré ». Les frappes ont eu lieu lundi vers 21 heures locales, semant la panique parmi les habitants.

Un conflit qui s'envenime

Le Pakistan a justifié son attaque en affirmant avoir frappé « des cibles militaires et terroristes », assurant que ses forces veillent à éviter les dommages collatéraux. Cependant, cette frappe intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays. Islamabad accuse son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP), responsables d'attaques meurtrières sur son sol, ce que les autorités afghanes démentent.

Après une accalmie relative depuis octobre, les affrontements ont repris avec intensité le 26 février, le Pakistan parlant même de « guerre ouverte » le 27 février. Selon la mission des Nations unies en Afghanistan (UNAMA), 75 civils afghans ont été tués entre le 26 février et le 13 mars, et plus de 115 000 familles ont été déplacées dans les provinces de l'Est et du Sud. Le Pakistan a également signalé des morts civiles de son côté.

Appels internationaux à la désescalade

Face à cette escalade, la communauté internationale s'inquiète. Le rapporteur spécial des Nations unies pour l'Afghanistan, Richard Bennett, a exprimé sa consternation sur X, offrant ses condoléances et appelant les parties « à la désescalade et à protéger les civils et les sites comme les hôpitaux ». Un émissaire chinois s'était rendu en Afghanistan et au Pakistan entre le 7 et le 14 mars pour tenter une médiation et appeler à un cessez-le-feu immédiat, mais les efforts diplomatiques semblent avoir échoué.

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Michael Kugelman, expert du centre de réflexion Atlantic Council international affairs, estime que « les efforts diplomatiques des mois derniers ont échoué et les pays du Golfe sont maintenant occupés avec leur propre guerre, la Chine n'a que peu de succès ». Il ne voit pas de fin du conflit à court terme. Par ailleurs, le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) a averti cette semaine qu'une « instabilité persistante pousserait des millions de personnes à souffrir encore plus de la faim » en Afghanistan.

Les autorités afghanes ont annoncé que des funérailles nationales collectives pourraient être organisées pour les victimes de cette frappe, marquant un nouveau chapitre tragique dans ce conflit régional.