Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie dans une région en ébullition
Pakistan-Afghanistan : l'escalade militaire s'intensifie

Pakistan-Afghanistan : une « guerre ouverte » qui s'intensifie

Islamabad parle désormais de « guerre ouverte ». Ce vendredi, le Pakistan a mené des bombardements sur plusieurs grandes villes afghanes. Ces frappes font suite aux attaques lancées la veille par Kaboul contre des cibles pakistanaises situées près de la frontière, elles-mêmes une réponse à des raids aériens antérieurs. Les deux nations s'affrontent régulièrement depuis le retour au pouvoir des talibans afghans à l'été 2021, un paradoxe notable étant donné la proximité historique du Pakistan avec son voisin et les accusations récurrentes de soutien aux talibans.

Les racines sécuritaires d'un conflit persistant

« C'est avant tout une question sécuritaire », affirme Didier Chaudet, géopolitologue associé à l'Observatoire de la Nouvelle Eurasie. Le Pakistan subit une violence terroriste chronique depuis des années, avec près de 700 attaques recensées en 2025 selon le Rapport sur la sécurité au Pakistan. Islamabad accuse principalement les talibans pakistanais, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP).

Les autorités pakistanaises espéraient une accalmie après l'arrivée des talibans afghans en août 2021. « Au contraire, les attaques terroristes se sont multipliées, le TTP a repris du poil de la bête et pu se fournir en armes en Afghanistan », souligne Didier Chaudet. Islamabad tient donc Kaboul pour responsable de cette dégradation.

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« Le TTP utilise l'Afghanistan comme une base arrière, soit pour s'entraîner, soit pour y trouver refuge. Le régime afghan nie la présence de ces groupes, mais c'est démenti tous les jours par les faits », assène Olivier Guillard, chercheur associé à l'Institut d'études de géopolitique appliquée. Bien que distincts, les talibans afghans et pakistanais partagent des affinités idéologiques qui ont renforcé le TTP depuis 2021.

De plus, « les autorités afghanes ont trop peu de moyens pour assurer l'imperméabilité de leur frontière, faire la police et garantir un état de droit », ajoute Olivier Guillard. Face à l'impasse diplomatique, les affrontements sporadiques se multiplient, comme en octobre dernier où plus de 70 personnes ont péri.

Des tensions historiques et territoriales explosives

Un contentieux ancien aggrave la situation : la frontière dite ligne Durand, tracée à l'époque coloniale, n'a jamais été pleinement reconnue par Kaboul. Cette démarcation a arbitrairement divisé le territoire du peuple Pachtoune entre les deux pays.

« D'un côté, les talibans pakistanais aspirent à contrôler les zones pachtounes, voire à renverser le pouvoir à Islamabad. De l'autre, les talibans afghans contestent cette frontière jugée injuste et ambitionnent de récupérer une partie du territoire », analyse Didier Chaudet. La question sécuritaire se greffe ainsi sur un contexte déjà hautement inflammable.

Cette démonstration de force permet également au Pakistan de reprendre l'initiative. « Exploiter cette crise permet à l'armée pakistanaise, embarrassée par la situation sécuritaire, de trouver une forme de bouc émissaire pour redorer son image à l'intérieur du pays », explique Olivier Guillard.

Quelles perspectives pour cette crise régionale ?

Avec une armée de 650 000 hommes et l'arme nucléaire, le Pakistan dispose d'une supériorité militaire écrasante face à l'Afghanistan. « Dans une guerre de basse intensité, l'Afghanistan peut s'avérer très gênante pour le Pakistan, notamment avec des attaques terroristes. Mais dans une opposition plus conventionnelle, les Pakistanais ont largement l'avantage », décrypte Didier Chaudet.

Kaboul en est conscient. Le porte-parole du régime, Zabihullah Mujahid, a insisté sur leur volonté de trouver une « solution pacifique » par « le dialogue ». Cependant, du côté pakistanais, ce dialogue, maintenu depuis cinq ans, n'a pas apporté les résultats escomptés.

« Le message de ras-le-bol est limpide. Normalement, il ne peut pas rester sans réponse du côté des autorités afghanes », souligne Olivier Guillard. La suite dépendra des véritables intentions d'Islamabad, qui pourraient aller d'un simple « coup de pression » à une volonté de déstabiliser le régime afghan, dans l'espoir qu'une branche plus modérée des talibans prenne le pouvoir et s'attaque enfin au problème du TTP.

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Une guerre totale paraît peu probable, car elle n'offrirait aucun avantage stratégique aux deux camps. Cette escalade militaire illustre néanmoins la fragilité persistante d'une région qui reste une poudrière au cœur de l'Asie, où les enjeux sécuritaires, historiques et territoriaux continuent de s'entremêler dangereusement.