Hongrie : Orbán utilise l'Ukraine et l'IA dans une campagne électorale controversée
Orbán utilise l'Ukraine et l'IA dans sa campagne électorale

Une campagne électorale hongroise centrée sur l'Ukraine

Le positionnement du Premier ministre hongrois Viktor Orbán ne plaît décidément pas aux autres pays de l'Union européenne. Au pouvoir depuis seize années consécutives, le dirigeant nationaliste a fait de l'Ukraine le bouc émissaire principal de sa campagne pour les législatives du 12 avril prochain. Cette stratégie repose sur une combinaison inquiétante de vidéos générées par intelligence artificielle et de campagnes de désinformation à grande échelle.

Des soupçons d'ingérence russe

Selon plusieurs analystes politiques spécialisés, Viktor Orbán bénéficierait de l'aide secrète de la Russie pour accroître ses chances de réélection. L'objectif avéré serait de détourner l'attention des électeurs des questions sociales brûlantes, qui ont propulsé le parti de son principal adversaire, Peter Magyar, en tête des sondages récents. Cette manœuvre s'inscrirait dans un contexte géopolitique particulièrement tendu entre la Hongrie et l'Ukraine.

Le bras de fer sur le prêt européen

La tension diplomatique s'est considérablement accentuée depuis l'arrêt brutal des livraisons de pétrole russe via l'oléoduc Droujba, qui traverse traditionnellement le territoire ukrainien. Alors que Kiev affirme que l'infrastructure critique a été endommagée par des frappes militaires russes, Budapest accuse quant à elle l'Ukraine de retarder délibérément les travaux de réparation essentiels. En représailles directes, Viktor Orbán a pris la décision unilatérale de bloquer un prêt européen majeur de 90 milliards d'euros destiné à soutenir l'Ukraine dans son effort de guerre.

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Début mars, cet affrontement a pris une tournure plus concrète lorsque des employés de banque ukrainiens convoyant des fonds importants et des lingots d'or précieux ont été temporairement arrêtés par les autorités hongroises. Des tabloïds proches du parti Fidesz au pouvoir ont immédiatement publié des images générées par intelligence artificielle grossissant démesurément les montants impliqués dans cette affaire. Ces publications manipulées ont suscité un engagement numérique inhabituellement élevé sur la plateforme Facebook, avec de nombreux comptes présentant des noms manifestement non hongrois et exhibant les signes typiques des faux profils utilisés dans des activités coordonnées de bots.

Une désinformation à grande échelle

Des experts en cybersécurité affirment par ailleurs qu'il existe des preuves tangibles d'efforts russes continus pour influencer le scrutin hongrois, incluant des deepfakes sophistiqués et de fausses affirmations déguisées en articles de presse légitimes. « On détecte en permanence une campagne de désinformation ciblée visant à influencer directement l'élection hongroise, comme ce fut précisément le cas lors des récentes élections moldaves et roumaines », déclare Ferenc Fresz, l'ancien chef du Service de défense cybernétique de la Hongrie.

La cible Ursula von der Leyen

Le ministre des Affaires étrangères hongrois Peter Szijjarto a toutefois qualifié les accusations d'ingérence russe de simples « infox », tandis que parallèlement, Viktor Orbán tente systématiquement de présenter son rival Peter Magyar comme la « marionnette » docile de l'Union européenne et de l'Ukraine. « Nous devons choisir qui formera réellement le prochain gouvernement : moi ou (le président ukrainien) Zelensky », a-t-il lancé avec provocation lors d'un important rassemblement politique à Budapest mi-mars.

Des panneaux d'affichage géants, financés par l'argent du contribuable hongrois, se sont multipliés dans tout le pays au cours des douze derniers mois, représentant systématiquement Volodymyr Zelensky sous un jour extrêmement négatif. L'un des visuels les plus controversés montre le président ukrainien aux côtés de Peter Magyar et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en train de jeter symboliquement de l'argent public dans des toilettes dorées ostentatoires.

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Une peur ancrée dans la population

Cependant, même si la campagne gouvernementale actuelle comporte des éléments mensongers voire « surréalistes » selon certains observateurs, elle s'ancre profondément dans une peur largement répandue au sein de la population hongroise de voir le pays entraîné malgré lui dans le conflit ukrainien, explique l'analyste politique Eszter Kovats, de l'université de Vienne. Cette anxiété collective serait habilement exploitée par le pouvoir en place pour consolider sa base électorale à l'approche du scrutin décisif.