Oleg, Russe en Ukraine : vivre avec le poids de la nationalité de l'attaquant
Oleg, Russe en Ukraine : le poids de la nationalité de l'attaquant

Oleg, Russe en Ukraine : vivre avec le poids de la nationalité de l'attaquant

Dans les rues d'Odessa, Oleg, 36 ans, avance avec une prudence extrême. Russe de passeport mais Ukrainien d'adoption depuis l'enfance, il incarne le déchirement silencieux de milliers d'âmes prises dans la tourmente du conflit. Son témoignage, recueilli par Marie Vaton, révèle les fractures intimes que la guerre impose aux civils.

Une identité brouillée par la guerre

« Je suis russe. En tout cas, c'est ce qui est inscrit sur mon passeport », confie Oleg, dont la nationalité lui vient de sa mère, russe vivant en Russie. Arrivé à Odessa à six ans, il y a construit toute son existence. « C'est ma ville, ma vie », insiste-t-il, avant d'ajouter : « Depuis 2022, pourtant, je ne sais plus vraiment si je suis russe ou ukrainien. La guerre a brouillé mon identité. Comme si j'étais sommé de choisir un camp. »

Le refus de prendre les armes

Face à cette pression, Oleg maintient une position d'« attentiste », priant pour la fin des hostilités, quelle qu'en soit l'issue. « Je n'ai pas rejoint l'armée russe parce que je ne pourrais pas me battre contre les Ukrainiens, qui sont mes amis. Et je ne pourrais pas non plus tirer sur un soldat russe. Ce serait comme me tirer dessus », explique-t-il. Cette neutralité, cependant, n'est pas sans danger.

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La peur au quotidien

Officiellement, Oleg ne peut être mobilisé, faute de nationalité ukrainienne. Mais la réalité sur le terrain est plus complexe. « La TZK – la police militaire chargée de la mobilisation – s'en fout. Elle ne regarde pas les papiers », déplore-t-il. Alors, il se cache, vivant dans une peur constante : peur des bombardements russes qui ont largement endommagé les infrastructures énergétiques d'Odessa, comme en témoignent les générateurs de fortune dans les rues ; peur aussi d'être arrêté par les autorités ukrainiennes.

Le poids des regards

Au-delà des risques physiques, Oleg subit le poids psychologique de sa nationalité. « Être de la nationalité de l'attaquant, c'est lourd, je le sens dans les regards », avoue-t-il. Cette suspicion ambiante isole un peu plus cet homme qui refuse de renoncer à sa double appartenance culturelle et linguistique. Son histoire illustre combien la guerre, au-delà des fronts, fracture les identités et les communautés, laissant des individus comme Oleg dans un no man's land existentiel périlleux.

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