Mort de l'ayatollah Khamenei : la fin du guide suprême iranien dans un bombardement
Mort de l'ayatollah Khamenei dans un bombardement à Téhéran

La disparition brutale du guide suprême iranien

Le « représentant de Dieu » sur terre n'est plus. L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien qui dirigeait d'une main de fer la République islamique depuis trente-sept longues années, a trouvé la mort dans le bombardement de sa résidence de Téhéran ce samedi matin, selon la télévision d'État iranienne. Cette annce officielle vient confirmer les déclarations préalables de Donald Trump et d'un responsable israélien à l'agence de presse Reuters.

Un corps retiré des décombres

Selon la chaîne israélienne 12, son corps a été extrait des décombres de son complexe résidentiel, ciblé par une trentaine de bombes. Une photographie du corps aurait été montrée à Benjamin Netanyahou et à Donald Trump, selon cette même source médiatique. En Iran, l'annonce de sa mort a été accueillie par des acclamations dans plusieurs quartiers de la capitale, où des habitants ont applaudi depuis leurs fenêtres.

Cette réaction populaire s'explique par le rôle répressif du défunt guide. Commandant en chef des forces armées, il avait ordonné le 3 janvier dernier la répression sanglante des manifestants antirégime. À huis clos, après la coupure totale du réseau Internet le 8 janvier, entre sept mille et trente-cinq mille manifestants auraient été tués à l'arme de guerre en quelques jours seulement.

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Une obsession : éviter l'effondrement soviétique

« Le but du guide était de briser le cycle des protestations qui s'enchaînent en Iran », confie une source diplomatique occidentale. « Ali Khamenei était obsédé par l'expérience de Mikhaïl Gorbatchev, dont l'ouverture avait conduit à l'effondrement de l'URSS. Il voulait à tout prix éviter ce scénario. »

Le choix de la répression totale comme unique réponse ne surprenait pas de la part de cet amateur de poésie. Depuis dix-sept ans, l'ayatollah Khamenei ne répondait que par la force au moindre rassemblement de protestation, qu'il soit politique – comme le « mouvement vert » de 2009 et « Femme, vie, liberté » en 2022 – ou économique – avec les révoltes sociales de 2017 et 2019.

Un pouvoir absolu et contesté

« Depuis près de quarante ans, le guide suprême menait une guerre d'usure pour se maintenir au pouvoir, alors qu'il était contesté, tant à l'intérieur du pays que sur le plan régional », souligne Ahmad Salamatian, ancien ministre des Affaires étrangères iranien. « La capacité de résilience du régime et la cohésion de ses forces de sécurité restaient très importantes. »

À quatre-vingt-six ans, le plus ancien dirigeant du Moyen-Orient paraissait indétrônable. Il avait survécu à un attentat qui lui avait coûté le bras droit et à d'innombrables crises traversées par la République islamique. « J'ai senti que je me trouvais aux portes de la mort », avait avoué Ali Khamenei en juin 1981, après l'attaque perpétrée par l'organisation des Moudjahidines du peuple.

Le représentant de l'imam occulté

En tant que guide suprême de la Révolution islamique, ce clerc reconnaissable à son turban noir de descendant du Prophète, à ses imposantes lunettes de vue et à sa barbe grise n'était autre que le représentant du douzième imam chiite « occulté » sur terre. À ce titre, le Rahbar (guide) ne rendait de comptes à personne et n'accordait jamais aucun entretien.

Garant de la légitimité divine de la République islamique, où un religieux préside aux destinées de l'État selon le principe du velayateh-faqih instauré en 1979 par l'ayatollah Khomeyni, le guide possédait des pouvoirs considérables :

  • Commandant en chef des armées
  • À la tête des gardiens de la Révolution et des miliciens bassidjis
  • Contrôle des services de renseignement
  • Nomination du chef du pouvoir judiciaire et du directeur de la télévision d'État

« Sous l'ayatollah Khamenei, le principe du velayateh-faqih est devenu un pouvoir absolu », souligne le chercheur Mehdi Khalaji, spécialiste de l'islam chiite au Washington Institute. « Il lui a permis de neutraliser tout le système démocratique du régime. »

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Un système de contrôle tentaculaire

En Iran, les vraies décisions se prenaient au cœur de Téhéran, dans un complexe ultra-sécurisé composé de bâtiments austères qui formaient le « bureau du guide ». À l'intérieur, plus d'un millier d'employés travaillaient à mettre en œuvre la pensée de l'ayatollah. À ses côtés, une vingtaine d'hommes de confiance le conseillaient dans tous les domaines régaliens, créant de facto un gouvernement parallèle.

L'œil du guide était également présent dans chaque province, ministère, université, entreprise publique ou fondation religieuse du pays, où il possédait un émissaire personnel. « Au fil des années, le guide suprême s'est spécialisé dans la création d'instances parallèles qui lui sont inféodées, dans le but d'affaiblir celles qui existaient déjà », explique Mehdi Khalaji, biographe de Khamenei.

Une ascension fulgurante malgré des qualifications religieuses limitées

Né en 1939 à Mechhad, Ali Khamenei avait créé la surprise en succédant à l'ayatollah Khomeyni à sa mort, en juin 1989, au poste de guide suprême, alors qu'il ne disposait pas des qualifications religieuses requises. « Je ne mérite vraiment pas cette position », avait-il lui-même avoué le 3 juin 1989 devant les experts religieux qui le désigneraient.

Propulsé ayatollah, puis marja (le plus haut degré du clergé chiite) grâce à l'intervention décisive de Hachemi Rafsandjani, l'homme avait compensé ce déficit de légitimité par un redoutable sens tactique. « Il a passé les premières années de son pouvoir à placer ses fidèles à des postes clés tout en écartant ses concurrents », rappelle Hassan Ferechtian, islamologue et théologien.

La « méthode Khamenei » : affaiblir puis éliminer

« C'est la méthode Khamenei », explique Mehdi Khalaji. « Affaiblir petit à petit ses adversaires pour se débarrasser progressivement d'eux. » Cette stratégie s'est répétée à plusieurs reprises, notamment en 1997 lorsqu'il a laissé le candidat réformateur Mohammad Khatami accéder à la présidence avant d'entraver méthodiquement ses réformes.

Le Rahbar se montrait intraitable quand son pouvoir absolu était menacé. En 2009, lorsque des millions d'Iraniens descendaient dans la rue pour contester la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, il avait envoyé les gardiens de la Révolution étouffer la révolte dans le sang.

« Sous le turban de l'ayatollah Khamenei pointe un képi », résume Ahmad Salamatian. « Il a construit autour de sa personne une structure militaire dont il est le sommet. Les commandants des gardiens de la Révolution, qui lui doivent tout, ont prouvé qu'ils étaient avant tout ses hommes en armes. »

L'avenir incertain du régime

La mort du guide ne signifie pas pour autant la fin du régime. À son décès, c'est officiellement à l'Assemblée des experts, un organe élu de quatre-vingt-huit religieux, de nommer son successeur. Dans les faits, ce choix incombait à l'ayatollah Khamenei en personne.

Si sa préférence se portait sur son propre fils, Mojtaba Khamenei, déjà très influent au sein du régime, d'autres noms se détachent, comme celui de l'ancien président Hassan Rohani. Certaines sources évoquent même la possibilité d'un conseil collectif de plusieurs clercs.

Le rôle crucial des gardiens de la Révolution

Autre acteur clé en Iran, le puissant corps des gardiens de la révolution. À la tête d'au moins soixante pour cent de l'économie iranienne, les pasdarans conservent l'apanage de l'arsenal de guerre du pays. Parfois décrite comme un « État dans l'État » iranien, cette force de cent quatre-vingt-dix mille hommes est considérée comme la garde prétorienne du régime et restera incontournable pour l'avenir, malgré son rôle dans la répression et la perte de son guide suprême.

C'est ce jusqu'au-boutisme qui a plongé son régime dans la plus grave crise de son existence. Et qui a précipité sa fin dans les décombres de sa résidence de Téhéran, mettant un terme à trente-sept années de pouvoir absolu sur la République islamique d'Iran.