La fin d'un règne marqué par la violence
L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d'Iran, est décédé après trente années de pouvoir absolu. Son accession en juin 1989 s'était déroulée sans heurts, le religieux ayant déjà occupé la présidence du pays durant huit ans pendant la guerre dévastatrice avec l'Irak. Une fois à la tête de l'État, Khamenei a transformé la maison du guide en une institution équivalant à un État dans l'État, supervisant six présidents aux orientations politiques diverses et permettant aux Gardiens de la Révolution d'étendre leur emprise sur le pays et au-delà de ses frontières.
Cinq dates qui résument trois décennies de répression
1999 : La répression des journées étudiantes
Pendant l'été 1999 éclate en Iran un mouvement de protestation estudiantin. Le 8 juillet, une centaine d'étudiants se rassemblent dans des dortoirs universitaires de Téhéran pour protester contre l'interdiction d'un quotidien proche du président réformateur Mohammad Khatami. Quatre jours plus tard, des affrontements opposent manifestants et forces de l'ordre, dont l'intervention met fin à la contestation. La répression fait officiellement trois morts, cinq selon les médias indépendants.
2009 : L'écrasement du mouvement vert
Mahmoud Ahmadinejad est réélu pour un second mandat à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle en juin 2009. Dès l'annonce des résultats, les partisans de son rival Mir Hossein Moussavi dénoncent des fraudes et descendent dans les rues en scandant « Où est mon vote ? » lors de grands rassemblements sous la couleur verte. La répression brutale des forces de sécurité fait des dizaines de morts et entraîne des milliers d'arrestations, tandis que des journalistes étrangers sont sommés de quitter le pays.
2019 : Des milliers d'arrestations après les émeutes de l'essence
En 2019, le gouvernement iranien annonce une forte augmentation du prix de l'essence, déclenchant de violentes manifestations dans une centaine de villes. Des stations-service, banques et commerces sont incendiés, et les autorités coupent l'accès à internet dans tout le pays pendant plusieurs jours. Selon Amnesty International, plus de 300 personnes sont tuées en trois jours dans la répression, des chiffres rejetés par le régime. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme évoque au moins 7 000 arrestations.
2022 : L'étouffement du mouvement Femmes, Vie, Liberté
La mort en détention de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne arrêtée pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire, déclenche des mois de manifestations dans tout le pays. Les protestations s'étendent rapidement, avec des images d'Iraniennes brûlant leur hijab et se coupant les cheveux en signe de protestation. Le slogan « Femme, vie, liberté » devient le cri de ralliement d'un mouvement féministe traversant toutes les classes sociales. Selon l'ONG Iran Human Rights, la répression violente provoquera la mort de 537 Iraniens.
2026 : Une tuerie de masse contre les manifestants
Début janvier 2026, Ali Khamenei avait qualifié de tentative de « coup d'État » les manifestations monstres contre le pouvoir et le marasme économique, justifiant leur répression. Selon l'ONG Human Rights Activists News Agency, 5 002 personnes sont mortes au cours de ce mouvement de contestation, avec 9 787 autres décès possibles en cours d'enquête. Iran Human Rights confirme la mort de 3 428 manifestants mais craint que le chiffre réel atteigne les 25 000 morts. Les autorités iraniennes ont reconnu un nombre élevé de morts, cherchant à les présenter comme des victimes de manifestants violents.
Un héritage de violence et de condamnations internationales
Les trois décennies au pouvoir d'Ali Khamenei ont été jalonnées par une succession de crises et de contestations, toujours réprimées avec une violence croissante. Sous sa direction, le corps des Gardiens de la Révolution a étendu son influence au Liban, en Irak et en Syrie, tout en renforçant son contrôle sur l'économie iranienne. Les condamnations internationales n'ont pas tardé à affluer après les dernières manifestations : l'ONU s'est dite « horrifiée » et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé un bilan « effroyable », annonçant de nouvelles sanctions contre Téhéran. Le décès du guide suprême laisse derrière lui un pays profondément divisé et marqué par des décennies de répression systématique.



