Le 7 juin 1944, 18 résistants furent torturés puis fusillés sur la place du Champ-de-Mars à Béziers, un crime de guerre ordonné par le général Van Praun. Cet événement, survenu au lendemain du Débarquement allié, reste un traumatisme majeur pour la ville et le village de Capestang.
Un convoi de 72 résistants pris dans une embuscade
Dans le Biterrois, les maquisards profitent de la confusion liée au débarquement américain du 6 juin en Normandie pour réunir leurs forces. Le maquis de Latourette, fondé par Jean Bène et dirigé par Jean Girvès, prépare une opération inédite. « Après avoir reçu un ordre de montée au maquis diffusé sur la BBC, un convoi s’organise le soir du 6 juin au départ de Capestang avec, en ligne de mire, un point de rendez-vous à Saint-Chinian », raconte Richard Vassakos, docteur en histoire contemporaine.
72 résistants, principalement issus de Capestang et des environs, prennent les armes et montent dans deux camions qui s’enfoncent en pleine nuit dans la garrigue. Vers minuit, alors que le convoi franchit le col de Fonjun, les maquisards tombent sur un autobus rempli d’Allemands. Les coups de feu partent, les troupes sont dispersées. Cinq résistants sont abattus et 18 autres sont capturés et transférés à Béziers.
Une exécution publique pour terroriser la population
« Après une nuit entière de torture improductive, le général Van Praun, furieux, ordonne l’exécution publique des rebelles pour terroriser la population », révèle Richard Vassakos. Le 7 juin, aux alentours de 14 h, les maquisards capturés sont emmenés sur la place du Champ-de-Mars. La scène se joue sous les yeux du public biterrois réuni de force. « Ils sont abattus par salves de six. Trois rafales, et les 18 martyrs sont fusillés en une poignée de minutes », soupire l’expert.
Parmi eux, une femme, Juliette Cauquil, à qui Richard Vassakos a consacré un ouvrage. « Elle aurait craché au visage des nazis, avant de crier “vive la France” ». Un mur, celui face auquel ils ont été criblés de balles, reste le vestige de ce crime de guerre, garant de la mémoire des héros locaux.
Capestang, village mutilé par les représailles
La tragédie ne s’arrête pas là. « Le 9 juin 1944, en guise de sanction au village de Capestang, terreau fertile du maquis, 140 hommes sont raflés et envoyés au travail forcé en Allemagne », raconte Jacques Chamayou, metteur en scène de la pièce de théâtre à succès, Fonjun 44. L’un d’entre eux, juif et déporté à Auschwitz, ne reviendra jamais.
Descendants et chercheurs tiennent à ce que le drame de Fontjun reste inoubliable. Ce 22 août, jour de la Libération de Béziers, l’histoire locale rappelle ce traumatisme fédérateur, encore gravé dans les ruines d’Oradour-sur-Glane, où plus de 600 civils furent massacrés le 10 juin 1944.



