L'Iran envisage de frapper des bases américaines en Europe selon le Financial Times
L'Iran envisage de frapper des bases américaines en Europe

Selon deux sources proches du régime iranien citées par le Financial Times, les forces de la République islamique ont étudié la possibilité de frapper des installations militaires américaines en Europe du Sud-Est si Donald Trump relançait une offensive contre Téhéran. La Bulgarie figure parmi les cibles évoquées : Sofia a autorisé le mois dernier l'utilisation de la base aérienne de Bezmer par des avions ravitailleurs américains. Chypre est également mentionnée, alors qu'une base britannique y avait déjà été touchée par un drone en mars.

Des menaces iraniennes explicites

Les Gardiens de la révolution avaient prévenu : "Toute base utilisée pour frapper l'Iran peut devenir une cible." Ce durcissement intervient alors que les discussions entre Washington et Téhéran sont à l'arrêt. Donald Trump a déclaré sur ses réseaux qu'aucune négociation n'était en cours ni programmée. À Téhéran, plusieurs responsables considèrent une reprise de la guerre comme une question de calendrier davantage que comme une hypothèse. Le Guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, a en parallèle promu plusieurs figures du camp dur à des postes clés de l'appareil sécuritaire et militaire.

La réponse de l'Otan

L'Otan a rapidement fait savoir qu'elle avait reçu le message. Interrogé mercredi 19 août sur ces scénarios, un responsable de l'Alliance a assuré qu'elle était prête à faire face à toute menace et qu'elle ferait "toujours le nécessaire pour défendre l'ensemble de ses alliés". Avec un précédent tout trouvé : plus tôt cette année, les défenses aériennes de l'Otan ont intercepté, à quatre reprises, des missiles balistiques iraniens qui se dirigeaient vers la Turquie. Pour l'Alliance, la démonstration doit suffire : son dispositif de dissuasion et de défense est "solide et efficace". Téhéran élargit donc la liste des cibles possibles ; l'Otan, celle des rappels au règlement.

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La menace reste toutefois plus facile à formuler qu'à exécuter. Sidharth Kaushal, chercheur au Royal United Services Institute, estime dans les pages du Financial Times que le risque posé par les missiles iraniens contre des cibles européennes est "réel, mais limité". L'Iran dispose de missiles balistiques de moyenne portée capables de viser le sud et le sud-est de l'Europe. Mais plus la distance augmente, plus les contraintes s'accumulent : charge militaire réduite, précision moindre et un plus gros risque d'interception.

Des capacités de frappe à longue portée

Douglas Barrie, de l'International Institute for Strategic Studies, souligne pour le quotidien que "Téhéran possède des armes dépassant 2 000 kilomètres de portée, sans que l'on sache combien sont réellement disponibles." L'Iran a néanmoins déjà tenté de frapper loin : après le déclenchement de la guerre en février, Washington l'a accusé d'avoir tiré plusieurs missiles vers Diego Garcia, base américano-britannique à près de 4 000 kilomètres. Aucun n'avait atteint sa cible. En mars, la Turquie a annoncé que les défenses aériennes de l'Otan avaient intercepté plusieurs missiles balistiques lancés depuis l'Iran. Le même mois, la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, a été touchée par un drone que des responsables occidentaux soupçonnaient d'avoir été lancé par des forces alliées à Téhéran.

Un épisode plus récent sert cependant de référence : le mois dernier, une attaque iranienne contre une base américaine en Jordanie a tué trois militaires américains. Selon l'une des sources du Financial Times, il s'agissait de l'attaque à longue portée la plus précise menée jusqu'ici par la République islamique. Le message aurait aussi visé les Européens : "ils devaient comprendre", explique cette source, qu'ils pouvaient être atteints si Washington frappait des infrastructures iraniennes.

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Une logique de dissuasion élargie

La logique répond directement aux menaces de Donald Trump. Le président américain avait affirmé que Washington détruirait un pont ou une centrale électrique iranienne chaque fois que Téhéran viserait un navire dans le détroit d'Ormuz. Côté iranien, la riposte envisagée consiste donc à augmenter la distance : sortir du Moyen-Orient, viser des actifs américains plus loin et, éventuellement, toucher l'Europe. Une source proche du régime assure qu'en cas d'agression américaine, l'Iran ne s'imposerait "aucune limite".

Mais l'option la plus crédible pourrait être moins spectaculaire. Sidharth Kaushal estime que Téhéran aurait davantage intérêt à passer par ses relais régionaux, des milices chiites en Irak au Hezbollah libanais et aux houthistes au Yémen. Les responsables iraniens ont aussi étudié la possibilité de s'en prendre aux câbles sous-marins de fibre optique dans le détroit d'Ormuz : si les missiles font davantage de bruit, les câbles, eux, transportent davantage de données. Pour l'Europe, l'avertissement ne signifie ni qu'une attaque est décidée ni qu'elle serait forcément efficace. Il signifie que Téhéran veut désormais faire entrer les bases américaines du continent dans son calcul de dissuasion. Jusqu'ici, l'Europe pouvait surtout craindre les conséquences économiques, énergétiques et diplomatiques d'une nouvelle guerre avec l'Iran. À défaut d'accord avec Washington, Téhéran travaille donc sur un désaccord avec tout le monde.