L'Iran a mis en doute ce samedi le sérieux de la diplomatie américaine dans les tractations pour trouver une issue au conflit au Moyen-Orient, sans toutefois communiquer sur sa réponse à la dernière proposition de Washington. Un mois après l'entrée en vigueur d'une trêve, le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a fait part de ce scepticisme lors d'un entretien téléphonique avec son homologue turc, Hakan Fidan, au lendemain de nouveaux accrochages dans les eaux du Golfe.
« L'escalade récente des tensions par les forces américaines et leurs multiples violations du cessez-le-feu renforcent les soupçons sur la motivation et le sérieux de la partie américaine sur la voie de la diplomatie », a affirmé Abbas Araghchi, cité par l'agence iranienne Isna. Le porte-parole du ministère, Esmaïl Baghaï, cité par la télévision d'État, avait lui indiqué vendredi que Téhéran étudiait toujours la proposition américaine visant à mettre durablement fin aux hostilités. Donald Trump s'attend à recevoir une réponse « très bientôt », a rapporté samedi la chaîne de télévision LCI, après un bref entretien avec le président américain. Il avait déjà dit la veille s'attendre à recevoir « une lettre » en soirée.
Tensions persistantes dans le Golfe
Depuis le début de la guerre le 28 février, déclenchée par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz, ce à quoi Washington a riposté en imposant le 13 avril un blocus des ports iraniens. L'armée américaine a annoncé vendredi avoir « neutralisé » par voie aérienne deux pétroliers iraniens dans le golfe d'Oman. Si les navires ne transportaient pas de cargaison selon l'armée, les images diffusées par le commandement militaire américain pour la région montrent d'épaisses colonnes de fumée s'échappant des postes de pilotage. Téhéran a dénoncé auprès de l'ONU une « violation flagrante » de la trêve. Une source militaire citée par l'agence Tasnim a indiqué que les forces iraniennes avaient répliqué. Après des échanges de tirs, le calme est revenu.
La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale. Le bras de fer entre Téhéran et Washington à Ormuz a fait flamber les cours du pétrole : le baril de Brent de la mer du Nord a terminé la semaine une nouvelle fois au-dessus de 100 dollars. Le Royaume-Uni a annoncé samedi qu'il allait « prépositionner au Moyen-Orient » un destroyer actuellement en Méditerranée, en prévision du déploiement d'une future mission internationale de sécurisation du transport dans le détroit d'Ormuz, une initiative codirigée avec la France.
Impact environnemental et situation au Liban
Selon des images satellites diffusées vendredi, une nappe de pétrole d'une cinquantaine de kilomètres carrés a été détectée dans le Golfe au large de l'île iranienne de Kharg, principal terminal pétrolier par lequel transite en temps normal 90 % du brut d'Iran. Selon l'Observatoire des conflits et de l'environnement, une ONG basée au Royaume-Uni, la nappe s'est toutefois « fortement réduite » samedi. « Il n'y a aucune information officielle sur des fuites de pétrole près de l'île de Kharg », a assuré le dirigeant de la commission parlementaire iranienne sur l'énergie, cité samedi par l'agence Isna.
Sur l'autre front du conflit, au Liban, Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs attaques mutuelles quotidiennes, malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, qu'ils s'accusent de violer. Au moins huit personnes, dont une fillette, ont été tuées dans des frappes israéliennes sur le sud du Liban samedi, selon les autorités. Des frappes ont également eu lieu à environ 20 km au sud de Beyrouth, en dehors des bastions traditionnels du Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise, ANI. L'autoroute reliant la capitale au sud du pays a été touchée. En réponse à la « violation du cessez-le-feu », le Hezbollah a déclaré avoir visé l'armée dans le nord d'Israël avec un drone. Un réserviste de l'armée a été grièvement blessé, selon Israël. Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en relançant ses attaques sur Israël, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine. Les frappes israéliennes au Liban ont fait 2 750 morts, selon le ministère de la Santé. De nouvelles discussions entre les deux pays voisins, toujours techniquement en état de guerre, sont prévues à Washington les 14 et 15 mai. Le Hezbollah s'y oppose.



