Libye : quinze ans après Kadhafi, l'essor du modèle autoritaire du maréchal Haftar
Libye : l'essor du modèle autoritaire de Haftar après Kadhafi

Libye : quinze ans après Kadhafi, l'essor du modèle autoritaire du maréchal Haftar

Depuis Benghazi, capitale de facto de l'Est libyen, l'homme qui se présente comme le « sauveur » de la nation a étendu son emprise sur les trois quarts du pays, mêlant poigne sécuritaire et développement des infrastructures. Au coucher du soleil, les familles se pressent sur la corniche de Benghazi. La mer Méditerranée est calme en cette fin 2025 : des enfants s'aventurent entre les rochers et, devant le phare de Sidi Kreibich, récemment rénové, des adolescents prennent des selfies.

Plus loin, à la terrasse des cafés, on sirote des cappuccinos et des jus de mangue entre amis ou, plus pudiquement, en couple. Benghazi, la « capitale » de la Cyrénaïque (Est libyen), est baignée d'une étrange normalité qui ferait presque oublier les violences et les divisions politiques qui ont fracturé le pays depuis la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi, en 2011.

Une sécurité retrouvée à Benghazi

« Benghazi va beaucoup mieux », résume Amal El-Gharbi, assise sur un banc, devant les balançoires sur lesquelles jouent ses cinq enfants. Son mari, Reda El-Gharbi, tasse de café au bout des doigts, savoure, lui, la « sécurité retrouvée », tel un acquis trop longtemps confisqué. Certes, lorsqu'ils repensent à la situation économique « bien meilleure avant la révolution », les deux quadragénaires ne cachent pas leur amertume.

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Mais la stabilisation sécuritaire suffit, pour l'instant, à satisfaire ces parents qui ont donné naissance à leur premier fils en pleine guerre civile, en 2014. « Aujourd'hui, nous vivons dans un environnement sûr pour élever nos enfants », étaye le père. Cette perception de la sécurité est un pilier du modèle promu par le maréchal Haftar, qui a su capitaliser sur les aspirations des Libyens après des années de chaos.

Le développement des infrastructures comme outil de légitimation

Le maréchal Haftar a également mis en avant le développement des infrastructures pour consolider son pouvoir. La rénovation du phare de Sidi Kreibich à Benghazi en est un exemple symbolique, tout comme la présence d'hypermarchés modernes, tels que la marque française Géant, qui contrastent avec l'image d'un pays en ruine. Ces projets visent à démontrer une capacité à gouverner et à apporter une certaine prospérité, même limitée.

Cependant, cette normalité apparente masque des tensions persistantes. Les divisions politiques entre l'Est et l'Ouest de la Libye restent profondes, et le modèle autoritaire de Haftar, bien qu'efficace sur le plan sécuritaire, soulève des questions sur les libertés civiles et l'avenir démocratique du pays. Les observateurs internationaux s'inquiètent de la montée en puissance d'un régime qui rappelle, par certains aspects, l'ère Kadhafi.

En définitive, quinze ans après la chute de Kadhafi, la Libye est à un carrefour. Le maréchal Haftar offre une alternative basée sur l'ordre et le développement, mais au prix d'un autoritarisme croissant. Pour les habitants de Benghazi, comme la famille El-Gharbi, la sécurité retrouvée est un bien précieux, même si elle s'accompagne de compromis sur d'autres fronts. L'avenir du pays dépendra de la capacité à concilier stabilité et aspirations à une gouvernance plus inclusive.

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